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L’Abandon, Samuel Paty

Le succès du film L’Abandon révèle moins un débat sur le cinéma qu’un effondrement de confiance entre une partie du pays et ceux qui prétendent encore lui expliquer ce qu’il doit voir, comprendre ou ressentir.

Depuis l’assassinat de Samuel Paty, une mécanique étrange s’est installée dans le débat public français. À chaque fois que le « terrorisme » frappe, certains déplacent immédiatement la discussion. Le crime devient presque accessoire. Ce qui compte d’abord, c’est de surveiller les mots, d’éviter toute lecture jugée “dangereuse”, de vérifier qu’aucun discours susceptible de profiter à la droite ou à l’extrême droite ne puisse émerger.

Cette gymnastique morale a installé une forme d’aveuglement. Un professeur est désigné sur les réseaux sociaux, livré à une campagne de haine, abandonné par sa hiérarchie, puis assassiné au nom d’Allah qui n’en demandait pas tant. Pourtant, des journalistes, des militants et des commentateurs trouvent encore le moyen de concentrer leur vigilance non pas sur le fanatisme, mais sur ceux qui osent le nommer trop clairement.

C’est là que le film touche un point sensible. Il ne propose ni théorie spectaculaire ni réécriture idéologique. Il montre une succession de renoncements très français, tels que la peur du conflit, la paralysie administrative, les prudences de langage, les institutions qui espèrent que le problème disparaîtra de lui-même à condition de ne pas le traiter.

Ce réalisme dérange davantage que n’importe quel pamphlet. Parce qu’il retire aux commentateurs leurs refuges habituels. Il ne reste plus grand-chose à déconstruire lorsqu’une chronologie est solide, que les faits sont établis et que les responsabilités apparaissent avec une clarté aussi brutale.

Le plus intéressant est sans doute dans la réaction du public. Loin des cercles médiatiques parisiens, des salles entières applaudissent un film consacré à un sujet que beaucoup de rédactions traitent encore avec des pincettes. Une partie des élites culturelles continue de penser que le pays doit être protégé d’un récit trop frontal sur l’islamisme. L’autre partie du pays estime qu’on lui a trop longtemps dissimulé la vérité.

Pendant des années, ceux qui évoquaient la montée de l’islamisme étaient accusés d’exagération, de paranoïa ou d’arrière-pensées politiques. Aujourd’hui, les faits accumulés rendent cette ligne de défense beaucoup plus difficile à tenir. Alors certains tentent encore de discréditer les œuvres, les livres ou les films qui rappellent ce que fut réellement cette séquence. Elle fut non seulement un attentat, mais un échec collectif de   courage.

Le titre du film résume finalement toute l’affaire. L’abandon d’un homme. L’abandon d’une mission scolaire. L’abandon de l’autorité publique. Et parfois aussi l’abandon de la réalité par une partie du débat intellectuel français.

Séraphine

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