Yelena

Chapitre XXVIII

 

Souvenirs et nostalgie

En septembre 1943, le contexte historique et les événements liés à la Seconde Guerre mondiale n’étaient pas favorables au déménagement d’une famille juive. La Seconde Guerre mondiale faisait toujours rage, bien que Le Maroc était sous contrôle des Alliés, mais il y avait encore des défis sécuritaires et logistiques liés à la guerre. La famille était consciente des événements internationaux et des pressions croissantes sur les communautés juives, mais sous l’influence encourageante de Joseph, les Suerte n’avaient pas renoncé à affronter les dangers que représentait ce voyage.

Ils étaient attachés à leur vie paisible, à leurs traditions, leurs coutumes, à tout ce  qui leur avait été transmis de génération en génération jusqu’à même leur façon de boire religieusement leur thé sans sourciller, même dans les moments les plus apocalyptiques. 

Cette famille plutôt calme, voire austère, où la loi et les conventions tenaient un rôle prépondérant était en effervescence. Il régnait une atmosphère inhabituelle dans l’appartement en cette fin de vacances d’été 43. Les préparatifs du déménagement étaient empreints d’une combinaison d’excitation et d’inquiétude.

Symine, Rose, Fanny et Alice, Abdel, et la petite Zineb, toujours en pleurs, s’affairaient dans un désordre insolite. Symine laissait faire. Elle comptait sur l’autorité de Mazal attendue par Moshé à la gare routière.

Comme convenu, Moïse et Albert garderaient l’appartement et le mobilier art déco jusqu’à la vente du garage, de l’appartement et des meubles. Il y avait dans le domaine de Mazal autant de meubles qu’il fallait pour meubler un autre appartement. Chaque membre de la famille s’affairait à emballer religieusement et soigneusement ses souvenirs et ses sentiments. Chaque objet avait sa propre histoire et créait une connexion tangible avec le passé qui évoquait un être cher, un moment, une scène, un fou rire, ou un secret dévoilé.

Chaque objet provoquait une exclamation, un sourire, une surprise, de la joie ou des larmes. Autant de moments de nostalgie liés à l’ouverture des malles et des armoires. Dans la mémoire de chaque membre de la famille était inscrite à l’encre indélébile El keswa el kbira, dite “La Grande Robe », le costume d’apparat de la citadine juive, qui faisait  partie autrefois de la dot de la jeune mariée. Elle était transmise de mère en fille, et prêtée pour la cérémonie du henné aux mariées qui n’en possédaient pas. La « Grande Robe » est intimement liée à la culture juive séfarade. Même Moïse, le père de Rose, au caractère plutôt taciturne, avait demandé à Rose si elle avait bien pensé à emballer la précieuse Grande Robe. 

Lorsque Mazal arriva, Symine lui céda volontiers les rênes du pouvoir. Mais elle restait vigilante, elle veillait à ce que chaque objet choisi soit empaqueté, même lorsqu’il semblait insignifiant aux yeux de Mazal.

Alice avait « allumé la radio », certaines heures étaient destinées à la musique de l’époque, Maurice Chevalier, Edith Piaf, Arletty, Joséphine Baker. Rose rangeait ses propres affaires, méticuleusement, Fanny roulait ses mèches de cheveux entre ses doigts, la tête dans les vapes.

Sous les ordres de Mazal, Abdel s’abstenait de faire l’idiot, Moshé exécutait les ordres à la lettre pour faire avancer le travail qui lui garantissait un départ plus rapide pour Casablanca.

Mazal avait tenu sa promesse. Zineb, Abdel et Moshé seraient tous les trois du voyage. Abdel et Moshé travailleraient tous deux dans son domaine. Ils se lieraient avec les chevaux en apprenant les rudiments de l’équitation et développeraient une affinité particulière avec ces animaux majestueux. Puis, ils seraient responsables des soins quotidiens des chevaux et de l’entretien des installations, ils seraient peut-être responsables, selon leurs aptitudes, de l’élevage sélectif.

Zineb, comme Abdel venait du bled. Leurs familles ne savaient pas ce qu’ils faisaient ni où ils se trouvaient. Il arrivait très rarement qu’ils se rendent au bled, même l’aide financière qui leur était proposée par la famille pour leur permettre de rendre visite à leur proches ne les encourageait pas à des visites régulières. Zineb semblait heureuse, elle avait un lien particulier avec la famille. Elle partageait des confidences, des rires et trouvait du réconfort dans les moments difficiles. Malgré son jeune âge, Zineb exprimait son désir de contribuer au déménagement. Elle était prête à aider de toutes les manières possibles en apportant une énergie puérile et un enthousiasme contagieux.

La préparation des cartons et des valises était aussi l’occasion de partager avec la famille, les amis et les voisins des moments de joie. Les youyous, maillons inéluctables à tout événement, retentissaient toujours lorsque Rose apparaissait. Ils avaient un pouvoir magique, ils effaçaient les doutes, les angoisses, les questions, les chagrins que chaque membre de la famille gardait au fond de son âme.

Quitter leur ville natale si bleue, si douce et si romantique pour se jeter dans la gueule du loup en toute conscience du danger n’était pas facile. Les larmes qui coulaient et les sanglots cachés renforçaient les liens et créaient une dynamique de soutien mutuel où chacun d’entre eux jouait un rôle essentiel dans la réussite de cette nouvelle étape de la vie familiale. Les nouvelles opportunités étaient une source d’espoir. La famille aspirait à un avenir meilleur pour eux-mêmes, et en particulier pour Rose et Berthold qui commençaient une nouvelle vie ensemble.

Les discussions portaient sur la préservation de leur identité culturelle, de tout ce qu’ils allaient laisser derrière eux, un passé ancestral, leurs vivants, leurs morts, qui avaient été les fondations de leurs personnalités, de leurs esprits, de leurs modes de pensées. Mais ils s’adapteraient comme l’avaient fait leurs ancêtres pendant des millénaires. Comme eux, ils retrousseraient leurs manches et se mettraient sans relâche au travail à la recherche d’une vie nouvelle, en adoptant la formule magique : Lekh Lekha “Va pour toi” comme il est dit. 

Ce déménagement devait être perçu comme une aventure, une nouvelle étape. Entre nostalgie, crainte et larmes, la famille restait enthousiaste à l’idée de découvrir un autre environnement urbain et de s’immerger dans la vie citadine. Ils réussiraient parce qu’ils n’avaient pas d’autres choix, et que le vieux dicton leur avait enseigné selon la tradition orale, que les enfants faisaient toujours mieux que les parents…

Le énième thé de la journée, et les biscuits étaient servis par la petite Zineb que Mazal appelait Tearful, et dont les larmes intarissables coulaient à chaque soupir, à chaque réflexion, à chaque découverte d’un objet.

 

Slil

 

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