Yelena

Chapitre XXIX

Patrouilleurs côtiers

À la fin de la semaine, tout était prêt. Joseph avait pris en charge la totalité du déménagement pour mettre fin aux babillages des femmes, à leurs hésitations, leurs exigences et les caprices éphémères qu’elles exprimaient, sans perdre le sens des vicissitudes qui affectaient leur vie quotidienne. Elles suivaient toujours leurs esprits de finesse et leurs intuitions, « ce sens bien délicat qui permet  tout d’un coup de voir la chose d’un seul regard, et non pas par progrès de raisonnement, au moins jusqu’à un certain degré ».* 

Pour tout bagage elles emportaient les bijoux, l’argent et leurs effets personnels. En attendant leur départ imminent, elles s’affairaient à ouvrir les ourlets et les ceintures de leurs jupes, de leurs manteaux, pour y cacher leurs bijoux afin d’éviter toute convoitise malveillante.

Les cachettes abritaient des bracelets appelés des « semaines » qu’elles portaient les jours de fêtes et qui ornaient leurs bras du poignet au coude. Les 7 bracelets identiques portés simultanément, était une pratique associée à des superstitions ou des croyances culturelles, selon lesquelles, le port de ces sept bracelets pourrait apporter chance, protection ou bien-être.

Les colliers, les perles les bagues, les ceintures de caftans ou de takchitas d’apparat, et les diadèmes, étaient en or ciselé , ornés d’arabesques, de motifs floraux, géométriques ou de symboles culturels. Ces motifs ciselés avec une grande précision créaient un effet visuel spectaculaire les soirs de cérémonie de henné.

Certains bijoux étaient des pièces imposantes et majestueuses, tandis que d’autres étaient plus délicats et plus subtils par la finesse de leurs détails et de leurs pierres précieuses incrustées.

Souvent anciens, certains de ces bijoux étaient des pièces de collection exposées dans les maisons comme témoins de l’héritage culturel.

Il fallait posséder de l’or. C’était un moyen de survie essentiel dû à l’héritage mémoriel de l’histoire des différentes communautés juives poussées à l’exil et à la fuite par l’antisémitisme selon les époques.

Rose appelait ces bijoux des futilités, elle se demandait dans quels ourlets elles allaient dissimuler leurs ceintures et leurs diadèmes qu’elle trouvait laids et tape-à-l’œil. Pour elle, seule comptait la monnaie sonnante et trébuchante.

Pendant que les femmes ouvraient et fermaient les ourlets, les cols, les chapeaux, les ceintures et tout ce qui pouvait sauvegarder leur unique capital assurance vie, Joseph se renseignait auprès de ses amis influents pour organiser la traversée en bateau des futures passagères, Symine, Mazal, Rose, ses sœurs et la petite Zineb.

Joseph pensait qu’elles seraient plus en sécurité auprès d’un équipage sérieux. Sur les conseils de ses amis, il avait invité l’un des officiers de bord d’un patrouilleur côtier de l’US Navy, qui avait la réputation de bakchicher ses services. Avec cet individu, Joseph, bien renseigné sur la future traversée, avait toutes les chances de faire voyager sa future famille dans les meilleures conditions de sécurité et sous la protection du commandant du navire.

Dans le contexte spécifique du Maroc en 1943, les patrouilleurs côtiers étaient des éléments importants de la défense côtière du pays pendant. Le patrouilleur était généralement de taille moyenne, plus petit que les navires de guerre. Construits en acier ou en bois, avec une coque solide pour naviguer dans des eaux côtières, ces navires étaient  équipés d’armes légères pour la défense contre les menaces côtières, ennemies, les sous-marins ou les avions de reconnaissance. Il étaient également équipés de canons de mitrailleuses et de lanceurs de grenades sous-marines.

En 1943, la plupart des patrouilleurs côtiers étaient propulsés par des moteurs qui permettaient une vitesse de 20 nœuds, adéquate pour les opérations de patrouille et de surveillance le long des côtes.

Ils étaient équipés de systèmes de communication pour transmettre des informations et des rapports à d’autres navires de guerre, aux bases côtières ou à des unités terrestres. Ces navires étaient conçus pour une endurance prolongée en mer, avec des réservoirs de carburant et des provisions pour des missions de plusieurs jours.

La fréquence de leurs déplacements dépendait essentiellement de leurs missions, des conditions opérationnelles et des menaces. Si une menace  était identifiée le long des côtes marocaines, les patrouilleurs côtiers avaient l’ordre de se déployer pour patrouiller activement dans les zones concernées. Par exemple, s’il y avait des rapports de mouvements navals ennemis ou de sous-marins dans une région, les patrouilleurs étaient chargés d’enquêter et de surveiller la situation.

En période de calme, ils patrouillaient  de manière plus sporadique ou ils restaient près de leur base. En cas de menace imminente ou de signes d’activité ennemie, leur présence était renforcée.

Pendant la guerre, ils protégeaient également  les convois côtiers qui transportaient des fournitures essentielles ou des troupes.  

Il arrivait rarement qu’ils prennent des civils à bord, mais ils embarquaient régulièrement des représentants diplomatiques, des officiels gouvernementaux, des dignitaires locaux, des journalistes, des observateurs neutres ou des chercheurs dans le cadre de fonctions officielles.

Les politiques concernant l’embarquement de civils à bord étaient déterminées par les autorités navales ou militaires compétentes. Cela variait en fonction du contexte opérationnel, de la sécurité et des protocoles en vigueur de l’époque.

La distance entre Mogador et Casablanca est d’environ 380 kilomètres. En termes de navigation maritime, la distance était légèrement différente en raison des courants, des vents et des itinéraires maritimes utilisés. Le voyage en bateau entre Mogador et Casablanca, pouvait prendre entre 10 et 20 heures, selon les circonstances. L’officier du torpilleur confia à Joseph qu’il pouvait transporter Rose et sa famille dès qu’il recevrait l’ordre de transporter des civils et des troupes vers Casablanca. Il saurait la date de la prochaine traversée sous huit jours. Mais il exigeait que les passagers se tiennent prêts à tous moments car on ne les attendrait pas.

Joseph exultait.

Slil

*(Pascal)

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