Bourse 2022 : annus horribilis ?

Il est important de faire le point sur les marchés financiers à mi-parcours : la première moitié de l’année 2022 est historique, ses effets risquent d’être majeurs pour l’économie mondiale.

Les bourses mondiales ont bouclé leur pire premier semestre depuis les années 70. L’indice Dow Jones cède près de 15% depuis janvier. Le S&P 500 abandonne 20,5% tandis que le Nasdaq enregistre sa pire performance historique entre janvier et juin avec une chute de 29,5%. L’indice MSCI Monde enregistre également sa pire performance, en baisse de plus de 20%. En Europe, l’Euro Stoxx 50 perd 19,6%, le CAC 40 17,2%, le Dax 19,5% et le FTSE MIB 22,1%. 

Sur les marchés de taux, le souverain comme le crédit affichent des pertes de plus de 10%. Le marché obligataire américain connaît sa pire année de l’histoire avec une perte de 10,4 %. Les taux des bons du trésor américain à 10 ans sont à 3%, à 1,3% pour le Bund Allemand et 1,9% pour l’OAT.

Les matières premières ont fortement rebondi, l’indice CRB terminant le semestre en hausse de 36%. Parmi ses composants, le pétrole gagne plus de 40%, dépassant les 110$. A l’inverse, les métaux industriels sont en forte baisse après un terrible mois de juin du fait des récentes craintes de récession.

Le dollar s’est apprécié de 9% sur la période dans un contexte d’aversion au risque, retrouvant ses plus hauts depuis 2002. Un dollar fort a tendance à déprimer la croissance du commerce mondial. Il érode également la solvabilité des pays en développement pour lesquels la part de la dette libellée en dollar est importante. Un dollar fort est plus inflationniste pour les économies émergentes et pour les pays européens, les matières premières libellées en dollar se retrouvant plus chères.

Aucune classe d’actifs n’a échappé à la correction au premier semestre hormis l’énergie. 

Ce pire 1er semestre du S&P depuis 1970 s’explique par la réduction des liquidités par les Banques Centrales et par les craintes d’une forte inflation proche des niveaux des années 70-80, d’une pandémie qui n’en finit plus et du retour de la guerre en Europe orientale.

Seules les valeurs pétrolières ont terminé en nette hausse, à plus de 25%. Les GAFAM qui ont fait les beaux jours des investisseurs depuis des années ont fortement chuté.

Les investisseurs qui ont connu les années 70 sont désormais à la retraite, ils auraient pu guider les opérateurs actuels dans l’environnement de stagflation et de taux réels négatifs dont la durée, si l’histoire sert de guide, sera vraisemblablement d’une décennie.

La hausse des taux obligataires va être problématique pour les détenteurs d’obligations et d’assurance-vie notamment.

Depuis la crise de 2008, les Banques Centrales ont fait tourner la planche à billets et soutenu les marchés financiers en espérant que cela entraîne un effet richesse positif, la consommation des ménages représentant plus des 2/3 du PIB.

Le changement de politique monétaire avec une hausse de taux et une réduction des liquidités risque de se traduire par une récession, l’effet richesse négatif jouant son rôle avec la forte chute boursière.

Si les Banques Centrales choisissent de faire baisser la demande de biens et services pour combattre la forte inflation, il faudra donc une hausse forte des taux d’intérêt, avec les conséquences négatives sur les politiques budgétaires, sur la soutenabilité des dettes, sur les prix d’actifs.

La situation est complexe. Même si les conditions d’une crise financière associée à une sévère récession sont réunies, il n’est pas exclu que cela ne se produise que bien plus tard.

Donald Duck

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