Je voulais arrêter de penser à l’armée qui avançait …

Je suis entrée, parce que j’entre naturellement là où il y a des livres. Cela me rassure. C’est comme les bras d’un homme … Et puisqu’ils ne me serrent pas dans leurs bras, depuis longtemps, longtemps, alors je cours après les livres tout le temps, tout le temps …

Il y avait plein de chats, là … J’ai pensé que mon époque était en grand désarroi, grand manque, à deux doigts du grand n’importe quoi. L’inverse du moyen âge, lorsque les hommes les jetaient sans pitié au centre, au sein d’immenses bûchers. Presque comme les égyptiens et leur idolâtrie pour les félidés, l’amour fou du carnivore domestique, l’ivresse du félin fantastique …

J’ai pensé que mon époque avait besoin de se remplir, comme un tonneau des Danaïdes, que tout le monde cherchait à se combler, répondre à l’appel de sa forêt. Chacun la sienne. Trouver la sienne.

J’ai décroché un livre de l’étagère et j’ai commencé à le feuilleter. J’avais envie de le découvrir, le lire, le décrypter. Comme un homme. Pourtant, je n’en avais pas dans le cœur, pas dans les pensées. Personne. Première fois … 

J’ai essayé d’échapper encore à mes pensées …

J’ai pensé à la guerre. Impossible de la jeter à terre, de la terrasser. Aux gens qui ont peur pendant que nous pensons à eux, impuissants. Aux gens impuissants. A ceux qui entendent le bruit du tonnerre. Qui ont cassé le paratonnerre. Qui regardent la foudre détruire leurs grands-mères, leurs arrières et leurs frontières. 

Je me suis dit qu’en 2022, rien n’avait changé. Tous les mots qu’on avait prononcé au sujet des guerres, depuis toujours, depuis hier, depuis ma naissance, tout ce qu’on en avait dit, à l’école, durant la classe ou la farandole, dans les manuels, vieux ou actuels, durant les débats télévisés et les soirées, sorti de la bouche des politiciens ou de celle des égouts, tout cela n’était que du vent, du papier d’argent. 

Beaucoup de bruit, aucun fond. Tout se confond. La guerre, la même. Celle d’il y a cent ans, deux mille ans, deux heures. La même … 

J’ai pensé que l’homme sans D.ieu n’avait pas de mémoire, pas d’intelligence, pas de sens, pas de pitié, pas de morale, pas de bonté, pas d’humanité. 

L’homme nu n’a pas d’Humanité. 

J’ai regardé les livres, les chats et je me suis assise pour étudier.

Martine Benz. [Divine Marquise]®️

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