QUI SE RADICALISE ?

Je suis un social-démocrate, attaché au pluralisme, à la laïcité, au progrès social, au réformisme, à la construction européenne, à la lutte contre les tyrannies et au multilatéralisme. 

Je me désole du lent et inexorable déclin de la gauche de gouvernement, prise en tenaille entre La France Insoumise et la République en Marche. Elle disparaît, faute d’avoir su proposer une offre sociale-démocrate claire, comme elle existe dans beaucoup de pays voisins s’incarne à l’échelle européenne dans le Parti socialiste européen. 

Je n’ai aucune sympathie pour Jean-Luc Mélenchon, et je ne me prive pas de le dire sur les réseaux sociaux et à mes amis. Des quidams et des proches critiquent mon animosité à l’endroit du leader Insoumis, et estiment que je sabote l’opportunité unique que constitue la NUPES pour la gauche française. 

À vrai dire, je n’ai rien contre cette alliance, même si je n’adhère pas à son principe. Mais je ne souscris pas au double angélisme qui règne au PS et chez EELV. Celui qui consiste, soit à affirmer que Jean-Luc Mélenchon n’est pas le leader de la NUPES et que les législatives ne sont que 577 élections locales, soit à reconnaître l’autorité du chef des Insoumis, mais à considérer qu’il a beaucoup changé et que c’est un Premier ministre crédible. 

Je ne partage pas ces avis, et je récuse l’obligation faite aux électeurs de centre-gauche de choisir entre Mélenchon et Macron. Je revendique le droit de critiquer l’un sans être accusé de faire campagne pour l’autre. 

S’agissant de Jean-Luc Mélenchon, je n’ai jamais apprécié sa personnalité égotique, autoritaire et brutale. Sa geste chaviste, sa verve populiste et sa rhétorique lambertiste. Sa manipulation systématique des faits, ses mensonges et ses menaces. Sa fascination pour les tyrans, nourrie par un anti-américanisme viscéral, un antisionisme gênant et une russophilie absurde. Son aversion pour l’Union européenne, l’OTAN et les pays voisins du nôtre. Son rejet du pluralisme, des institutions de la République et des médias. Sa manière d’attiser les colères et les conflits, et de semer la discorde. Son faux mépris pour les élites et les bourgeois – lui qui a toujours vécu comme un pacha sous les ors de la République. Certes, je suis davantage amené à m’exprimer sur le cas Mélenchon depuis qu’il s’imagine à Matignon, mais ma vision du personnage, de ses idées et de ses amis n’a jamais varié depuis qu’il est entré en guerre contre la social-démocratie.

Je n’en dirais pas autant de ceux qui, socialistes ou écologistes, le glorifient aujourd’hui alors qu’ils le dénigraient hier. 

Se souviennent-ils de ce que disaient Anne Hidalgo et Yannick Jadot de Jean-Luc Mélenchon, il y a deux mois à peine ? Ont-ils bien nettoyé leurs fils Facebook et Twitter ? Ont-ils jeté les professions de foi et les tracts qu’ils distribuaient alors ?

Je comprends que la NUPES suscite un espoir inédit au sein d’une partie de la gauche, qui se croyait condamnée à une opposition éternelle. Je ne nie pas que son programme comporte des points intéressants – mais aussi beaucoup d’outrances et de propositions fantaisistes. Mais je ne comprends pas que l’on abandonne tout esprit critique à l’endroit de Jean-Luc Mélenchon, et qu’on lui trouve subitement toutes les qualités – tel le coureur de dot découvrant la fortune d’une femme sans charme. 

Je ne comprends pas leur manière d’affirmer que la NUPES est une alliance électorale équilibrée. J’ai lu l’accord de coalition et j’ai examiné la répartition des investitures dans les 577 circonscriptions : il y a du Mélenchon à chaque ligne et des candidats LFI partout. Socialistes et écologistes doivent se contenter des miettes, et se soumettre à la volonté du chef. Ils semblent atteints du syndrome de la vendeuse de boutique de luxe : celle qui regarde le client lambda avec dégoût, estimant qu’il est indigne d’un endroit aussi exclusif, alors qu’elle-même gagne le SMIC et se fait morigéner par son patron matin et soir. 

Faure, Jadot et Roussel font les matamores, sûrs de leur succès électoral commun, mais Mélenchon saura leur rappeler leurs scores risibles à la présidentielle. 

La boutique NUPES lui appartient et ils ne sont que des employés en CDD.


J’écoute aussi ce que le nouveau leader de la gauche unie dit, et je trouve qu’il déraisonne, entre ses attaques systématiques contre les institutions, ses propos paranoïaques à l’endroit de Macron, et ses menaces de coup de force façon Trump. Et je m’étonne de voir des gens raisonnables, de vrais démocrates, se muer en groupies. 

J’ai le même sentiment que si l’UDI et LR s’étaient lancés dans une alliance électorale avec le RN, pour sauver quelques sièges et espérer emporter la majorité, et que mes amis de droite se mettaient à parer Marine Le Pen, cheffe de la nouvelle coalition, de toutes les vertus, à nier qu’elle soit incompétente, raciste et populiste, et à s’en prendre à quiconque serait d’un avis contraire. 

J’ai toujours combattu l’idée selon laquelle les leaders d’extrême-droite cesseraient d’être extrémistes par le seul fait d’attirer un électorat plus large : si leurs idées ne changent pas, leur positionnement politique ne change pas non plus. L’analyse vaut également pour l’extrême-gauche.

J’admire ceux qui, à gauche, ont eu le courage de refuser le diktat de Jean-Luc Mélenchon, et préfèrent la défaite à la soumission et au renoncement. Je pense que la fusion de toutes les forces de gauche, et son ralliement aux positions de sa frange la plus radicale, est une erreur historique. La même qui a décimé la gauche au Royaume-Uni sous l’ère Corbyn – l’invité de marque des candidats LFI en campagne.

Je trouve un peu étonnant de passer aujourd’hui pour celui qui se radicalise, par le seul fait d’exprimer ce que j’ai toujours pensé, et ce que la plupart des socialistes et écologistes pensaient il y a trois mois encore. 

Olivier Costa

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