J’ose dire que « J’ai mal »

Je suis incapable d’en donner une date exacte, mon inconscient à refoulé le pire mais pas tout ! 

Il pleuvait, je me souviens de chaque détail d’avant et d’après mon chez moi, jusqu’à la couleur des coussins et des plaids qui rendaient nos vies chaleureuses, du moins c’est ce je croyais… un immense leurre où s’effondrer est l’issue immédiate !

Ce jour d’automne froid et pluvieux, je suis inerte, en larmes, sans pouvoir agir ou même comprendre la gravité de ce qui venait de se produire, l’impardonnable a délibérément été commis, sans regrets de la part de celui que j’aimais, le père de mes enfants, depuis ce jour-là, il est devenu mon agresseur, le bourreau de mon intimité, mais aussi de la femme que j’étais… et a fortiori de la mère… Aujourd’hui, je le sais tout n’était qu’illusion, malgré nos enfants, un couple qui s’aime ne se détruit pas de façon aussi cruelle. 

Il  faut du temps pour reconnaitre ces quelques mots, tant d’années de combats pour ma famille, moi-même et toutes les conséquences qu’une agression, en ce qui me concerne un viol conjugal,  peuvent entraîner sur chacun de nous, surtout sur les enfants, le sacrifice d’une mère pour les protéger tant bien que mal dans la tempête. À bout de souffle, comment écoper pour éviter la noyade ?

Seul l’amour nous a permis de survivre à l’inconcevable …

Je ne t’oublierai jamais !!! Après 5 mois d’enfer, d’insultes, de peur, il persistait à trouver les mots qui rabaissent, nous saisissent, les mots savamment utilisés pour retourner la situation pour nous mettre en position de coupables, les enfants toujours au centre du drame… 

 « Je te viole si je veux et quand je veux ! » En quelques minutes, cet inconnu, mon époux, à tout fait basculer. L’enfer allait commencer. Aucun mot n’est assez fort pour décrire ce qui se passe dans le cœur, le corps et l’esprit de celles qui subissent. Elles sont en danger seules, désarmées, sidérées, rongées par le chagrin, dans un brouillard où elles prennent conscience qu’en quelques minutes leur vie a basculé. 

Puis, Il y a la femme d’avant et la suivante… c’est bien plus tard, quelques années plus tard, lorsque la reconstruction est “solide” que l’on devient « la seconde femme » celle que l’on a forgée, forte et brillante, pour elle et pour sa famille… 

Pourtant, ce 1er avril 2010 rien n’est perceptible que la douleur, la peur de lui, de l’inconnu, la peur des décisions prises dans l’urgence, la peur de la réalité qui me rappelle que nous sommes en danger. 

Mon instinct me dicte ma conduite, mieux vaut ne pas trop y réfléchir. Soudain, je dois faire face à tant de responsabilités, démunie, sans le sou, la peur domine, elle est omniprésente, je risque de m’y perdre à jamais.

Je n’ai eu qu’un court entretien dans le bureau du maire de mon village en présence d’une assistante sociale, je n’ai pas eu à exprimer l’agression, ça m’arrangeait, c’était sans doute une erreur, mais seule peut-on vraiment tout affronter en même temps ? 

Le dernier de mes enfants avait à peine 4 ans. Je pensais que mes silences les préserverait. Je n’avais que deux semaines pour décider de partir ou de rester. J’étais une mère au foyer. Tous les comptes, le mien et celui des enfants avaient été vidés. Je ne possédais plus rien, sauf l’essentiel, je gardais les enfants.

Dieu que le sentiment d’abandon était tenace même si c’est moi qui quittais le domicile conjugal. J’étais la victime d’une vie de violence que je pensais avoir solidement construite avec celui que j’aimais. Tout s’était écroulé comme un  feu de paille qui brûle tout sur son passage… femme, enfants et nos âmes…

Partie en moins de 48 heures, j’atterris dans un minuscule appartement. 

Je ne réalise pas  ce qui m’arrive, je sais seulement que je n’ai pas le choix, que je ne dois pas abandonner. Je sais surtout  que rien du combat qui se prépare n’a encore commencé, et pourtant, là, au milieu de mes cartons, je suis à bout….

J’avais raison, il m’a fallu lutter puis surmonter les difficultés de toutes sortes, pendant de si longues années.

J’ai montré ma capacité à m’adapter, à puiser dans mes forces insoupçonnables.

L’amour de mes enfants me sauve. Ce qui est matériel n’a vraiment pas d’importance, avec peu j’ai réussi à faire de ce minable enfer un endroit de douceur et d’Amour afin que nous puissions vivre libres et heureux.

Il faut une volonté de marbre pour renoncer à  toute une vie en 48 heures, et d’en reconstruire une autre dans l’urgence, sans le moindre sou en poche…

 Je suis les recommandations de mon assistante sociale, sans rien ressentir d’autre que la déchirure à la fois physique qui n’était pas soignée et la détresse psychologique qui me privent de sommeil, d’énergie, de l’estime de moi-même, si importante pour bien avancer. 

Tout est si gris. Je suis submergée de chagrin, je suis inconsolable face à l’injustice de voir s’écrouler mes rêves d’une famille heureuse. L’immédiateté du silence qui s’est installé depuis ce jour-là est écrasante. 

Dans  mon nouveau chez moi, si petit et froid, il y a un salon, un lit d’enfant, il est pour moi, pour mes insomnies. Mes enfants ont leurs chambres, une pour les garçons, une pour les filles…

On les habillera plus tard. Pour le moment, il faut faire face à l’urgence !  

Pourquoi était-ce moi qui devais partir, avec trois fois rien, plutôt rien, à peine de quoi survivre. Plus d’intimité, plus d’identité, plus de vie !  Ma vie s’est honteusement brisée, des montagnes de pensées tristes m’assaillent. 

Je suis face à un vaste chantier de reconstruction. Il faut que je nous sorte de là. Je n’ai que l’envie impérieuse de dormir, ne plus me réveiller, de ne plus penser, de ne plus pleurer.  Je n’en ai absolument pas le droit, ma ligne de mire sans le savoir, c’est ma famille, Ils n’ont rien demandé, ils subissent sans comprendre la torpeur qui remplace nos rires…

Se reconstruire… le mot qui revient à tout va ! 

« Tu verras » …. Je voudrais fermer les yeux !

« Tu es forte » … Alors pourquoi mes jambes se dérobent comme une fuite… 

« Tu y arriveras » … comment le croire ! 

Derrière les nuages, le soleil … Je ne vois que ce jour de pluie de novembre.  

Je suis froide et inerte. La vie revivra… peut-être ?

Puis, au fil des jours, la nature devient une alliée. Avec une force insoupçonnable j’y arrive comme je peux, le soleil est en intermittence, j’ai moins froid, pour ma famille, lentement, j’ai relevé la tête, la vie est là… Un jour soleil, un jour gris,et  beaucoup d’autres jours encore, sans cesse je suis passée d’un souci à l’autre, ma santé, un divorce cruel et injuste !

Nos traumatismes nous  apprennent à grandir, ils nous permettent d’aller à l’essentiel « Tenir » … 

Non sans mal, l’adolescence est venue s’ajouter, pour moi la maladie, pour mes enfants la peur de me perdre au cours de 3 années à me soigner c’est toute leur adolescence qui se brise encore.

On se remet de tout, certes, mais forcément un peu de traviole, indemnes ? Peut-être plus tard, mais pas sûr du tout !

Aujourd’hui le soleil brille plus qu’il ne se cache, il garde nos espoirs bien au chaud. Une autre vie nous sourit avec des hauts et des bas, une vie presque  « normale. »

On devient plus fort, c’est certain, plus hargneux aussi dans nos choix de vie…

Plus jamais ça !!!

La reconstruction c’est long, le silence n’est plus, doucement l’écriture l’a rompu   joliment, sans haine ni procès juste dire ! 

Enfin j’ose le dire « On a eu mal ».  On se remet du mal, on continue, on fait pour le mieux, avec nos failles….  Ne croyez surtout pas que ce soit si facile ! 

Pour les sourires, les éclats de rires, les projets en haleine, les rêves suspendus, la vie a repris ses droits… 

Ça va Bien ! Je soutiens mes enfants, ils en ont besoin !!! Et moi je vis avec mon métier, mes passions, mes projets. J’arrive à regarder derrière moi sans larmes ni regrets, je vois mes enfants en équilibre,  c’est mon essentiel. 

Il  est grand temps maintenant de faire naître mon  » Je » Autrement, dans mon Ailleurs….

@NathAlie

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