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Théâtre « Le Visiteur » : vertigineux

Vienne 1938. Au sein du cabinet de Freud, descend un étrange personnage. Il serait Dieu. Fou ou mythomane ? 

Il parvient pourtant à réciter des extraits d’essais de psychanalyse que le savant n’a pas encore rédigés. En aurait-il subtilisé les épreuves ? « L’homme » récite aussi des séquences des rêves du professeur formulés encore nulle part. Comment est-ce possible ? 

Imaginons qu’à la veille de la seconde guerre mondiale, Dieu se culpabilise d’avoir créé le monde. S’engage alors sa psychanalyse, oui, la psychanalyse de dieu par Freud !

Dans la pièce d’Eric-Emmanuel Schmitt « Le Visiteur », le sujet, l’écriture, tout est vertigineux. Elle donne la chair de poule tant la finesse et l’intelligence du dialogue entre dieu et l’homme de science totalement athée que fut Freud, sonne juste. S’ils avaient véritablement échangé, ils se seraient dit exactement ce qui se déroule sur scène.

Le moteur de l’intrigue réside dans le doute avec lequel Freud doit désormais composer.  Voilà ses certitudes et son athéisme fragilisés…  

Il y a des passages que l’on souhaite réécouter plusieurs fois tant ils sont denses et parfois même amusants. La pièce est drôle sans être caricaturale ou grandiloquente. Aucune surenchère, comme tout ce qui est talentueux. L’Œuvre semble naturelle.

Sam Kerman  livre une habile performance en interprétant, sans en faire des caisses, un Freud rongé par la fatigue, la vieillesse et la maladie.  

Franck Desmedt « Molierisé » en 2018 pour un second rôle dans « Adieu Monsieur Haffmann », est le Visiteur. Le rôle lui va comme un gant. Il virevolte, semble par moments mal à l’aise dans son corps de chair, comme si dieu s’y serait incarné pour une nuit.

On y croit vraiment. La mise en scène est fluide et les irruptions de la Gestapo dans le cabinet de Freud font frémir.  C’est à voir absolument.

Ygal Levy

« Le Visiteur » d’Eric-Emmanuel Schmitt

Théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaité. 75014 Paris.

Du mardi au samedi à 21h. Dimanche à 15h.

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