Au zinc des chênes, l’ambiance est sereine, l’âtre diffuse sa douce chaleur, dans la pièce.
Au zinc des chênes, Brennos balaye le seuil et, il aperçois Phillipinus Vinius avec deux magnifiques faisans dans ses mains.
Phillipinus – Tient Brennos, voici deux faisans pour ton retour et, il paraît que ton nouveau brassin de printemps est une réussite, puis je goûter, cette cervoise de Mars ?
Brennos – Oui bien-sûr mon compagnon, au fait, la forêt se porte comment ?
Phillipinus boit une gorgée et, raconte sa perception sur les éléments forestiers. Il porte la chope à ses lèvres comme on porte un secret à la lumière.
La bière a la couleur de l’aube sur les ajoncs, une écume fine, pareille à la brume qui s’attarde entre les troncs. Il ferme les yeux un instant.
— Elle est vive, dit-il enfin, comme une source qui retrouve son chemin sous la glace.
Puis il s’assit près de l’âtre. Les faisans, aux plumes mordorées, semblent garder encore un peu du soleil d’hiver sur leurs ailes.
— La forêt… murmure-t-il. Elle s’éveille sans bruit. On croit d’abord qu’elle dort encore, mais sous la mousse, ça chuchote. Les racines se parlent. Les pierres disent, vivement que les rayons nous réchauffent, il est temps.
Le vent ne mord plus, il questionne.
Brennos pose son balai contre le mur, attentif.
— Il y a trois signes, poursuivit Phillipinus, pour qui sait les voir.
Il leva un doigt.
— D’abord, le ruisseau. Il ne chante plus en mineur. Sa voix devient claire, presque rieuse. Il emporte les dernières feuilles mortes comme on tourne une page.
Un deuxième doigt.
— Ensuite, les oiseaux. Ils ne cherchent plus seulement à survivre ; ils dessinent l’air. Leurs cris ne sont plus des alertes, mais des promesses.
Un troisième.
— Enfin, les bourgeons. On dirait des poings fermés. Mais ce ne sont pas des poings. Ce sont des cœurs qui hésitent. Ils attendent le signal.
Brennos sourit.
— Quel signal ?
Phillipinus repose la chope, et ses yeux brillent comme une clairière après la pluie.
— Voilà l’énigme, mon ami.
Il se penche, baissant la voix.
— Qu’est-ce qui n’a ni bouche ni poumons, qui souffle sans haleine, qui ne dort jamais tout à fait, et qui pourtant réveille la forêt ?
Le feu crépite doucement. Dehors, une rafale caresse l’enseigne du Zinc des Chênes.
Brennos réfléchit. Le vent ?
Le soleil ? Le temps ?
Phillipinus reprend :
— Ce n’est pas le vent, car il peut se taire. Ce n’est pas le soleil, car il peut se cacher. Ce n’est pas l’homme, car il oublie.
Il laisse le silence s’étirer comme une ombre.
— C’est la sève, dit-il enfin. La sève qui monte.
Il pose sa main sur la table de chêne.
— Elle grimpe sans bruit, invisible et tenace. Elle frappe aux portes du bois de l’intérieur. Elle pousse la lumière vers les branches. Elle réveille ce qui semble mort. C’est elle qui gonfle les bourgeons, qui polit les feuilles neuves, qui appelle les insectes et prépare le festin des oiseaux.
Dehors, un merle lance un trille hésitant.
— L’hiver croit avoir gagné, conclut Phillipinus avec douceur. Mais la forêt ne meurt pas. Elle retient son souffle. Et quand la sève décide de parler, tout le reste écoute.
Brennos sert une nouvelle chope. À travers la fenêtre, le Mont Mollberg semble moins austère. Sur ses flancs, de fines lueurs vertes commencent à ourler les lisières.
Dans l’âtre, une braise éclate.
Et dans la forêt, sous l’écorce encore froide, la sève poursuit son ascension, patiente et invincible, comme un réveil ancien que nul hiver ne peut réduire au silence.
Brennos, barde du Torchis