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Jean-Luc Mélenchon deviendra-t-il platiste pour quelques voix de plus? Ou la fabrication du doute

La chronique de Patrick Pilcer

Demain, Jean-Luc Mélenchon doutera-t-il que la Terre soit ronde ?

Il existe encore des hommes et des femmes qui soutiennent que la Terre est plate. Ils ne convainquent presque personne. Mais ils réussissent une chose : faire parler d’eux.

Le doute est devenu leur fonds de commerce. Doute et fabrication du doute surtout.

Jean-Luc Mélenchon vient, une fois de plus, de choisir cette stratégie en laissant entendre qu’il doutait que les massacres du 7 octobre puissent vraiment être qualifiés d’actes terroristes. Tout comme en d’autres temps, mais avec les mêmes ficelles, JM Le Pen et les négationnistes laissaient entendre qu’ils « doutaient » de l’existence des chambres à gaz et du nombre de morts de la Shoah.

Cette prise de position intervient alors que non seulement les attaques ont été qualifiées de terroristes par les autorités françaises et de nombreux partenaires internationaux mais surtout les barbares terroristes du hamas ont filmé leurs actes et les ont diffusés. Ils souhaitaient semer la terreur et ont agi en barbares. Cela ne fait aucun doute pour qui a vu ces terribles images ou a simplement visité les maisons dévastées. Toutes ces images sont disponibles.

Sauf pour ceux qui ne veulent pas voir. Comme ces « platistes » qui ont beau prendre l’avion et constater les courbures de la Terre, ou voir les images de tous les satellites. Pour eux, les images viennent de Hollywood, c’est sûr.

Le débat n’est pas seulement politique. Il est intellectuel. Car enfin, que faudrait-il donc pour mériter le qualificatif de terrorisme ?

Des familles massacrées chez elles ? Des bébés assassinés ? Des civils exécutés ? Des jeunes femmes violées puis tuées ? Des otages emmenés de force ? La volonté déclarée de semer la terreur et de commettre un pogrom sinon un génocide ?

Nous avons toutes les preuves de tous ces actes infâmes, mais il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Que faudrait-il de plus à Mélenchon et à « ses platistes du terrorisme » ?

Les gens qui ne veulent pas voir la réalité prendront toujours leur pensée pour la réalité. Ils verront toujours les victimes coupables et les coupables victimes. Et peu importe que le hamas balance des toits les LGBT pour leur orientation sexuelle.

Pendant que certains relativisent le terrorisme du Hamas, d’autres drames, en Afghanistan, Iran, Ukraine, ou les persécutions des homosexuels dans plusieurs pays, etc… suscitent une émotion bien plus discrète.

Si les actes des barbares du hamas ne suffisent plus à qualifier le terrorisme, alors le mot lui-même perd son sens. Mais peut-être est-ce précisément l’objectif. Que l’on perde de vue tout bon sens, que l’on perde la raison et tout repère rationnel. Que l’on oublie la réalité du monde tel qui l’est et qu’on ne voit que ce qu’on nous dit être la « vérité ».

Depuis plusieurs années, Jean-Luc Mélenchon maîtrise une technique redoutablement efficace. Il ne franchit presque jamais complètement la ligne rouge entre liberté d’expression et délit. Il s’en approche. Il joue avec les mots. Il déplace les frontières du débat.

Il laisse planer une ambiguïté suffisante pour susciter l’indignation de ses adversaires et la fascination de ses partisans. L’essentiel n’est plus d’avoir raison. L’essentiel est que tout le monde parle de vous.

C’est exactement ce que font les théoriciens de la Terre plate. Ils savent que leur thèse est non seulement marginale mais scientifiquement fausse, qu’elle ne résiste pas à l’analyse et aux faits. Mais ils savent aussi qu’en contestant une évidence, ils deviennent visibles. On parle d’eux.

La provocation devient une stratégie de communication. Le paradoxe est que cette méthode fonctionne d’autant mieux que les médias se nourrissent du buzz créé.

Chaque polémique nourrit la suivante. Chaque outrage produit une nouvelle audience. Chaque doute artificiellement entretenu devient un sujet national.

À force de relativiser les mots, on finit par relativiser les faits. Or les mots ont une fonction. Ils ne servent pas seulement à décrire le monde. Ils servent à le comprendre.

Qualifier de terroristes des actes dont l’objet même est de terroriser des populations civiles n’est pas une opinion parmi d’autres. C’est simplement reconnaître une réalité.

Lorsque les mots cessent de désigner les faits, ils deviennent des instruments politiques. Et lorsque le langage devient un champ de bataille permanent, c’est la vérité elle-même qui finit par reculer.

Le danger n’est donc pas seulement ce que dit Jean-Luc Mélenchon. Le danger est qu’à force de transformer chaque évidence en sujet de controverse, nous finissions par considérer que plus rien n’est objectivement vrai.

Aujourd’hui le terrorisme, peut-être, la rotondité de la Terre. Et demain, les hautes valeurs de la République, les vertus de l’instruction, de l’émancipation, de l’esprit critique. Un écrivain déplait, un universitaire n’enseigne pas la doxa wokiste, une chaine d’information adopte une pluralité large de point de vue. On les vilipende, on les dénigre, on les interdit. Pour pouvoir ensuite les « rééduquer » façon khmers rouges…

Les totalitarismes n’ont jamais commencé par interdire les mots. Ils ont commencé par leur faire perdre leur sens. Lorsqu’un massacre de civils n’est plus clairement du terrorisme, lorsque les faits deviennent des opinions et les évidences des controverses, ce n’est pas seulement le débat public qui s’appauvrit. C’est la démocratie elle-même qui perd son langage commun.

Et lorsqu’une démocratie ne partage plus le sens des mots, elle finit souvent par ne plus partager le sens du réel.

Une démocratie ne meurt pas seulement lorsque l’on censure les vérités. Elle s’affaiblit aussi lorsque l’on réussit à faire croire qu’il n’existe plus aucune évidence et que les vessies sont des lanternes !

Patrick Pilcer 

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