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Quand la France gagne en équipe… mais doute comme Nation

Les chroniques de Patrick Pilcer

Lorsqu’un pays tout entier retient son souffle. Puis explose de joie.

Les Bleus viennent de franchir un nouveau cap dans cette Coupe du monde, après une phase de groupes remarquablement maîtrisée, avec cette superbe victoire face à la Suède. Quelques mois plus tôt, le XV de France réalisait un Grand Chelem qui restera dans les mémoires.

Deux équipes. Deux traditions. Deux succès.

Et, dans chacune d’elles, des talents d’exception. Kylian Mbappé. Antoine Dupont. Les deux plus grands joueurs du monde.

Mais réduire ces victoires à leur seul génie serait une erreur. Une équipe championne n’est jamais une addition de talents. C’est une organisation. Une confiance. Une générosité. Une rigueur. Une discipline librement consentie. Un dépassement de fonction. Un dépassement de soi. Une vision commune.

Autrement dit, tout ce qui semble parfois manquer à notre vie publique. Le paradoxe est là.

Jamais la France n’a probablement autant excellé dans les sports collectifs.

Jamais elle n’a semblé aussi divisée dans son débat démocratique.

Michael Olisé sait trouver Mbappé ou Dembelé en un millième de seconde. Dupont sait trouver Louis Bielle-Biarrey les yeux fermés. Chacun respecte l’apport comme les qualités de l’autre. 1+1 peuvent alors faire plus que 2, et les victoires sont au rendez-vous. Sur les terrains, chacun connaît son rôle.

Dans la cité, chacun semble par contre contester celui de l’autre.

Sur les terrains, les différences deviennent des forces. Dans le débat public, elles deviennent trop souvent des fractures.

Les sportifs savent qu’un match ne se gagne pas seul et qu’il faut être uni autour d’un plan de jeu collectif. La politique semble parfois avoir oublié que Faire Nation exige de savoir réunir un collectif autour d’un récit collectif.

L’Histoire invite pourtant à la prudence.

En 1978, l’Argentine remportait la Coupe du monde sous la dictature militaire. Les stades vibraient tandis que, dans l’ombre, des opposants disparaissaient. Le football ne créait pas la dictature. Mais il offrait au régime une image de puissance et d’unité.

Le Brésil a souvent fait rêver la planète alors que sa société demeurait traversée par des inégalités profondes. L’Espagne et l’Italie ont elles aussi connu de grands triomphes sportifs au milieu de crises économiques ou politiques.

Le sport ne dit jamais toute la vérité d’un pays. Il en révèle parfois le meilleur. Il peut aussi faire oublier, un temps, ce qui reste à réparer.

Les Romains l’avaient compris avant nous. Le panem et circenses, du pain et des jeux, n’était pas seulement une formule. C’était une méthode de gouvernement.

Occuper les regards. Apaiser les colères. Reporter les interrogations.

Mais une démocratie ne peut durablement vivre de victoires sportives.

Elle a besoin d’un projet. D’un récit collectif. D’une ambition qui dépasse quatre-vingt-dix minutes, une grande compétition ou un Tournoi des Six Nations.

Faire Nation ne consiste pas seulement à vibrer ensemble devant un écran.

Faire Nation, c’est accepter de construire ensemble un avenir commun.

Les Bleus nous montrent chaque semaine qu’une équipe est plus forte lorsque chacun met son talent au service du collectif. Pourquoi cette évidence serait-elle réservée au sport ?

À un an de l’élection présidentielle, la France aura besoin de retrouver cet esprit d’équipe.

Elle devra choisir entre les entrepreneurs de la colère, qu’ils viennent de l’extrême gauche ou de l’extrême droite, et les « Radicalement Républicains », ceux qui croient encore qu’un pays peut se gouverner sans dresser les Français les uns contre les autres.

Nous avons besoin de responsables capables de faire travailler ensemble, de fixer un cap, d’assumer des choix et de rassembler plutôt que de fracturer.

Au fond, le plus bel hommage que nous puissions rendre à Mbappé, à Dupont et à leurs coéquipiers serait peut-être de comprendre ce qui fait gagner une équipe.

La confiance. L’exigence. Le respect. La solidarité. Le goût de l’effort partagé.

J’espère, comme des millions de Français, voir notre équipe soulever la Coupe du monde dans quelques semaines.

Mais j’espère tout autant que le 2 mai 2027, les Français choisiront eux aussi de faire équipe.

Car si les trophées remplissent les vitrines, seule une Nation rassemblée construit l’Histoire.

Faisons Nation, Faisons gagner la France !

Patrick Pilcer est le président du conseil d’administration de l’association Vaincre le cancer.

 

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