Les chroniques de Patrick Pilcer
À moins d’un an de l’élection présidentielle, les candidatures fleurissent. Chaque semaine apporte son nouveau prétendant et ses ralliements. Chaque interview esquisse un destin. Chaque déplacement, chaque inauguration ou dépôt de gerbe deviennent présidentiels.
La France ne manque décidément pas de candidats. Elle manque peut-être davantage de bâtisseurs. Car une présidentielle n’est pas un concours d’éloquence ou de posture. Ce n’est pas davantage une compétition d’ambitions personnelles.
C’est un rendez-vous avec l’Histoire.
On ne demande pas au futur Président d’être le plus brillant des débatteurs. On lui demande d’être capable de conduire une Nation.
Or, à écouter nombre de ceux qui briguent aujourd’hui les suffrages des Français, une étrange impression domine : chacun parle beaucoup de lui-même, de sa trajectoire, de sa légitimité, de son camp… mais trop peu parlent de la France comme d’une œuvre commune à reconstruire.
Quelques responsables politiques, souvent loin des projecteurs et parfois peu présents dans les enquêtes d’opinion, consacrent davantage de temps à élaborer un projet qu’à préparer une campagne. Ils sont aujourd’hui minoritaires. Inutile de préciser leurs noms, leurs initiales, FH à Gauche, XB à Droite et au Centre, suffisent. Peut-être justement parce que ces deux candidats réfléchissent à la France et pas encore à leur candidature et à eux-mêmes. Parce qu’ils ne cherchent pas encore les ralliements des ennemis de leurs ennemis qui deviendraient leurs amis, mais des projets pour répondre aux besoins de pouvoir d’achat comme de sécurité des Français, des projets pour l’École, la Santé, les Services Publics, des projets d’amélioration de la Société, des projets de Progrès pour un Avenir meilleur…
C’est aussi peut-être pour cela que ces deux candidats pourraient se retrouver, contre toute attente, au second tour le 2 mai 2027.
Notre pays n’est pourtant pas seulement confronté à une crise économique, budgétaire ou sécuritaire. Il traverse une crise plus profonde.
Une crise du lien.
Nous ne savons plus très bien ce qui nous rassemble. Nous débattons sans cesse de nos différences. Nous parlons beaucoup moins de ce qui fait encore notre destin commun.Une Nation ne se gouverne pas seulement avec des chiffres. Elle se gouverne aussi avec une histoire. Avec une espérance. Avec un récit.
Depuis trente ans, chaque gouvernement a produit des réformes. Aucun n’a véritablement produit un récit. Or un peuple ne se rassemble pas seulement autour d’un budget ou d’un décret. Il se rassemble autour d’une histoire qu’il accepte de partager et d’un avenir qu’il choisit de construire ensemble.
Le général de Gaulle incarnait un récit national : celui d’une France libre qui refusait de disparaître. Il nous a délivré du joug nazi comme de la honte de la collaboration et de la traitrise de Pétain et ses sbires. François Mitterrand savait, lui, inscrire son action dans une vision culturelle de la France.
Emmanuel Macron aura incontestablement renforcé l’attractivité économique du pays, mais, pas plus que Chirac, Sarkozy et Hollande, il n’a pas réussi à faire émerger ce récit collectif capable de réconcilier les Français avec eux-mêmes.
Le résultat est sous nos yeux.
Une République qui fonctionne encore. Mais une Nation qui doute. Une économie qui stagne. Un vivre-ensemble qui s’effrite. Une démocratie où chacun revendique davantage qu’il ne partage.
À force de parler aux clientèles électorales, nous avons cessé de parler au peuple.
À force de segmenter les attentes, nous avons oublié de fédérer les espérances.
À force de promettre davantage, nous avons cessé d’expliquer où nous voulions conduire la France.
Or, une maison ne se construit pas en ajoutant des pièces les unes aux autres. Elle tient parce que ses fondations sont solides, pensées.
La République n’est pas une juxtaposition de revendications. Elle est une promesse de destin partagé. Les Français n’attendent pas seulement des mesures supplémentaires, des milliards de plus ou des slogans plus habiles. Ils attendent qu’on leur redonne confiance.
Confiance dans leurs institutions. Confiance dans leur avenir. Confiance dans leurs enfants. Confiance, enfin, dans cette idée simple mais essentielle que vivre ensemble est plus fort que vivre côte à côte.
Nous avons besoin d’un Président qui sache arbitrer, choisir, décider, réformer, orienter, guider. Mais cela ne suffira pas.
Gouverner, ce n’est pas seulement administrer un pays. C’est lui donner une direction. Un grand chef d’État ne se contente pas de gérer les urgences ; il éclaire l’horizon. Il ne confond pas ce mot avec l’idée.
Nous avons surtout besoin d’un Président qui sache raconter la France. Non pas une France nostalgique et fantasmée. Mais une France qui regarde le monde avec lucidité, assume son histoire sans repentance permanente, protège les plus fragiles sans décourager ceux qui entreprennent, récompense le mérite sans oublier la solidarité.
Le prochain quinquennat ne sera pas celui des effets d’annonce. Il sera celui de la reconstruction.
Reconstruire notre école, notre justice,notre sécurité,
notre économie.
Mais surtout… Reconstruire notre capacité à faire Nation.
Le prochain président devra renforcer les hautes valeurs de la République, Liberté Egalité Fraternité, comme ce si beau principe, si français, la Laïcité, des valeurs et un principe gravement attaqués ces dernières années.
Il devra œuvrer pour que chaque citoyen retrouve les racines de notre idéal républicain. Le prochain président devra retrouver l’esprit de ce que le radicalisme porte de meilleur : l’enracinement dans les valeurs de la République, et du solidarisme : l’ambition de faire Nation grâce à un quasi pacte social accepté par tous. Pour réussir le prochain quinquennat, le prochain Président devra, comme je l’écris dans mon dernier livre, être, farouchement, Radicalement Républicain.
Les programmes seront nécessaires. Les réformes seront indispensables. Les équilibres budgétaires seront incontournables. Mais aucun de ces défis ne sera relevé si les Français ne retrouvent pas d’abord une raison de croire en un avenir commun.
En 2027, les électeurs ne choisiront pas seulement un chef de l’État. Ils choisiront celui ou celle qui aura compris qu’un Président n’est pas élu pour occuper l’Élysée. Il sera élu pour incarner l’espérance d’un peuple.
Car, pour rebâtir la maison commune de la République, il ne faudra ni le plus grand des égos, ni le meilleur des communicants.
Il faudra un architecte. Un bâtisseur. Sans tout-à-l’égo…
Quelqu’un qui sache que la politique ne consiste pas à additionner des ambitions personnelles, mais à réunir ce qui est épars.
C’est peut-être cela, au fond, le véritable enjeu de 2027 : retrouver moins un candidat qu’un véritable homme ou une véritable femme d’État.

Patrick Pilcer