Il était fou. J’étais folle. Il ne le savait pas encore. Moi, je l’avais toujours su.
Il ne disait rien. Moi, je parlais en vain.
Il aimait la nuit. Moi aussi, moi aussi.
Il voulait tout essayer. Je voulais tout dévorer.
Il était le chien échappé du chenil.
J’étais l’oiseau qui tremble sur le fil.
Il avait envie de tout casser.
Moi, je commençais à réparer.
J’avais une longueur d’avance,
Juste quelques pas de plus de danse ….
On a dansé sur le pont du navire,
Quelques baisers, quelques sourires,
Trois mots secrets à retenir,
Une manière de tout s’offrir
Pour ne plus revenir.
Au loin, j’entendais les mouettes se moquer de mon air de gamine à couettes. Rebelle.
Au près, j’entendais ses yeux se moquer de son air de gamin trop sérieux. Rebelle.
J’avais envie d’être sur le chemin avec lui,
De découvrir les horizons illimités qu’il cherchait avec avidité.
Il avait envie de voyager léger,
De parcourir les enfers à fond sur son chemin de fer.
Nous nous sommes croisés. Chassé-croisé.
Parce que, souvent, la route est une simple histoire d’horaires de déplacement.
Si tu ne prends pas le même train que l’autre humain, tu dois lui dire adieu sur le quai.
Sans l’embrasser, sans pleurer.
J’ai éclaté de rire et je l’ai regardé partir …
Et si c’était nos âmes qui se déguisaient derrière nos attractions ?
Si nous n’étions pas attirés par des visages et des mots mais par des vestiges qui flottent plus haut ?
Et si nos baisers étaient des baisers d’une autre vie, non achevée … ?
©️ Martine Benz