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Foot : suite et fin

Dans quelques jours débutera la grand-messe mondiale du foot, la Coupe du Monde, qui a lieu tous les quatre ans. La coupe du monde de foot c’est comme la coloscopie, ça permet de voir à quel point le temps passe vite, sauf qu’en matière de foot, la grand-messe s’intercale entre un foisonnement de messes, la dernière ayant été la finale de la « Champions league » et tout son folklore XXX

Le football, c’est cette activité pratiquée par des gens, théoriquement adultes, et consistant à courir, en short, derrière une baballe pour la propulser, si tout va bien, dans une grande cage. Ces gens gagnent très bien leur vie. Lors de la coupe du monde, on sort fièrement les drapeaux, on chante, l’œil humide, l’hymne national, on serre la main des officiels, celles des adversaires sans leur souhaiter bonne chance, avant de se lancer dans la bataille avec un seul but : déglinguer l’équipe adverse, avec la manière ou pas.

Paul Valéry disait que la guerre était un massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent et qui ne se massacrent pas. Eh bien le foot c’est pareil : les équipes sont aux mains de spéculateurs purement financiers, qui ont autant d’intérêt pour le foot que les joueurs pour leur maillot. S’affrontent donc des gens missionnés pour le faire, gladiateurs des temps modernes, sommés d’obtenir des résultats non pour eux, encore moins pour la beauté du sport, mais pour répondre aux objectifs impérieux de leurs actionnaires. Les sportifs professionnels, a fortiori les footeux, sont des pantins corvéables et déplaçables en fonction des intérêts marketing.

Le match de foot n’est qu’une autre façon de faire la guerre, même au fin fond des campagnes. Il n’y a qu’à voir le spectacle offert par les parents de gamins, des poussins de 5-6 ans, lors des matchs du samedi après-midi : l’insulte le dispute à la vulgarité et à la violence ; « Vas-y, casse-le, bouffe-le, tue-le (sic), t’es une fillette ! » etc… Quand on évoque la violence dans le foot, on feint de ne pas voir qu’elle commence souvent chez ceux qui finissent par s’en plaindre. Les fameuses valeurs du sport n’existent que dans la tête de ceux qui n’en ont jamais fait. Ou alors c’est qu’on n’a rien compris, car le but du jeu c’est de vaincre, pour ne pas dire détruire l’adversaire. Et dans le sport professionnel, presque tous les coups sont permis. Le foot est quand même le seul sport où l’on voit les femmes devenir, en tribune, aussi sottes que les hommes, avec ou sans bière. C’est aussi le seul sport où l’on peut voir des abrutis de cinquante ans tabasser un gamin de dix ans parce qu’il est allé voir un match de l’OM, à Marseille, avec le maillot de son équipe favorite, le PSG.

Le football est une religion, la FIFA son église et celui qui la préside, le Pape. Son homologue vaticanais est relégué au second rang si l’on compte le nombre de fidèles. Ce souverain pontifiant, l’italien Gianni INFANTINO a rang de chef d’Etat, mais il est mieux payé. Si l’une de ses missions conserve encore une part de noblesse, celle qui consiste à évangéliser les rares populations qui, par hasard ou égarement, n’auraient pas encore été touchées par la grâce du ballon rond, l’autre consiste à faire le plus de fric possible. Tout est bon pour générer des profits, quitte à nuire à la santé des pratiquants.

Il multiplie les pains bénis du profit en multipliant les championnats, les compétitions et coupes en tous genres. Et puis il a de la suite dans les idées, Gianni : comme la FIFA tire la plus grande partie de ses revenus de la coupe du Monde, l’idée lui est venue de tenter d’en organiser une tous les deux ans, au lieu des quatre ans traditionnels. Pour le moment, le projet n’a pas abouti, mais il n’est pas abandonné.

La FIFA n’est plus qu’une grande essoreuse. Elle essore d’abord les joueurs qui accumulent les compétitions, donc les matches et par conséquent les risques de blessure, la conséquence logique étant aussi le dopage. La folie qu’engendre ce sport rend ses fidèles aveugles et amnésiques. Ils ne voient pas que le sport professionnel en général et le foot en particulier n’ont plus grand-chose à voir avec le sport au sens où on l’entendait avant. Les joueurs professionnels sont des travailleurs comme les autres et les fameuses « lois du sport » et toutes les vertus censées en découler leur passent largement au-dessus de la tête. En tapant dans le ballon, le joueur gagne son pain et se fiche pas mal de la couleur de son maillot.

Si ça se trouve, Gianni n’a même jamais entendu parler des valeurs du sport, mais pourquoi l’accabler finalement ? Les stades sont pleins, malgré des tarifs souvent exorbitants par rapport au pouvoir d’achat des supporters. Le supporter de foot a des raisons que la raison ignore.

Mais en tirant toujours plus fort sur la corde, en esquintant les joueurs qui passent bientôt plus de temps à l’infirmerie que sur le terrain, en essorant les amoureux du foot avec des tarifs aberrants dans les stades et avec les abonnements, Gianni ne serait-il pas en train de tuer le foot ? Gianni a ses raisons que personne n’ignore.

O.T.

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