Une vieille petite souris est venue toquer à la porte du Torchis, car on lui avait dit qu’elle y trouverait des rats de bibliothèque. Elle expliqua qu’elle n’était pas venue pour parler littérature mais pour trouver refuge, car elle sentait que le vent qui soufflait sur la ville était en train de changer.
Elle leur raconta qu’elle n’était pas n’importe quelle souris, qu’elle avait eu son heure de gloire, avec une pleine page dans les DNA en mai 2015, lorsqu’elle s’était invitée à une séance du conseil communautaire de la ville de Strasbourg, excusez du peu !
Devant l’air médusé des hôtes du Torchis, elle comprit qu’il lui fallait préciser quelque peu son propos. Elle expliqua donc qu’avant même l’arrivée de Jeanne-de-la-jungle à la tête de Strasbourg, ceux que l’on appelait jadis des nuisibles entendaient bien se faire entendre et creuser leur trou (de souris) afin de s’imposer dans la cité comme des citoyens à part entière. Leur souhait fut plus qu’exaucé, puisque l’élection municipale de 2020 porta Jeanne sur le trône, à la grande joie de tous les nuisibles, rats, souris, corbeaux, punaises de lit qui eurent désormais le champ libre pour la découverte et la conquête de nouveau territoires.
La visite dans l’hémicycle fit alors sensation, amusant les uns, effrayant les autres, mais restant sans effet sur les autres occupants de l’hémicycle : les élus, dont la passivité était de nature à assurer à tous les rongeurs et commensaux de toutes sortes une tranquillité et une liberté de reproduction qu’ils n’avaient jamais eues et, le moins que l’on puisse dire, est qu’ils ont su en profiter.
Nos rues et habitations sont devenues des parcs de loisirs pour ces bestioles qui peuvent s’ébattre à volonté et s’inviter à tous les festins. Monde merveilleux, où les nouveaux principes écologistes sont à l’écologie ce qu’Olivier FAURE est au courage, avec pour conséquence la transformation de nos lieux de vie en quasi-taudis.
Si le problème ne fait plus débat, ce n’est pas parce qu’il n’existe plus, mais parce que les élus ne se sentent pas vraiment concernés. Certes, pour faire « genre », on trouve dans l’un ou l’autre programme électoral, une ou deux lignes sur les nuisibles, mais on n’y perçoit pas de volonté réelle de lutter ; or, le problème des nuisibles dans les zones habitées reste un problème fondamental, notamment à Strasbourg, le long de l’Ill et ailleurs, où les rongeurs font désormais partie des effectifs des restaurants et s’invitent dans les bacs à sable des écoles.
Même à travers le prisme de la diversité biologique, il est difficile de voir dans cette situation quoi que ce soit de bucolique, tant les risques sanitaires sont grands. On pourra toujours nous rétorquer que pour le moment personne n’en est mort et que les rats ont toujours partagé l’espace avec l’Homme. Certes, mais nous sommes en 2026 et, sans remonter à 1426, début de la grande Peste, les dangers sanitaires liés à la prolifération des rats sont toujours prégnants.
On pourrait croire que cette absence de volonté de la part des élus est due à la disparition du problème, mais il suffit de se promener dans les rues de notre bonne ville ou d’échanger avec des résidents pour voir qu’il n’en est rien.
Finalement, la petite souris n’a aucune raison d’être angoissée par l’avenir ; un changement de majorité à Strasbourg n’aura probablement aucune incidence sur son train de vie. Jusqu’ici elle dansait, eh bien demain elle chantera (aussi) !
O.T.