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Vieillir est une grâce

Je ne peux m’empêcher de le penser, quand je me retourne et que je regarde combien les années nous apprennent à devenir ce que nous sommes … 

A quinze ans, nous sommes si perdus devant cet amour immense que nous éprouvons pour la vie. 

A vingt ans, la quête se poursuit, à tâtons, et avec passion. Chercher qui est l’autre, qui l’on est, se toucher les lèvres pour mieux savoir comment aimer. 

A vingt-cinq, le monde prend de l’ampleur et se dessine, avec ardeur : un début du rêve à construire. Un début de ce que l’on refuse, dans cet univers qui nous use. Nous abuse pour mieux nous modeler, pour nous apprendre à trouver la forme qui nous est destinée. 

A trente ans, le monde est grand, passionnant. Et si nous dormons peu la nuit, c’est parce qu’en nous bouillonne l’amour et que l’envie luit. 

Construire pour vivre. Vivre pour construire. 

A trente-cinq, l’on ne sait plus si l’on est encore enfant ou déjà trop grand. S’approcher très près de l’autre et commencer à douter. Se regarder, pour mieux savoir comment donner. Et l’on ne donne pas pareil à chacune de nos merveilles. 

Quarante ans, ou l’âge de la liberté. Notre solo s’affirme et la silhouette de la personne que l’on est se dessine … Aimer, oui. Mais pas n’importe qui. Donner, oui. Mais pas n’importe comment. Recevoir ? Oui, il va falloir voir …

Cinquante ans, ou l’âge de l’enfance retrouvée. Plus rien à prouver, juste à se trouver et se retrouver et s’affiner et s’améliorer. Dans la conscience et la légèreté cherchée …. L’amour, si ça vient, ça va. Si ce n’est pas là, ça viendra. 

Vieillir est une grâce. 

Plus, de dehors, l’on semble se déformer, plus notre âme prend forme. 

Je crois, définitivement, que le temps est le maître le plus discret mais le plus parfait. 

© Martine Benz

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