Une enquête du média d’investigation Finance Uncovered a récemment mis en lumière la situation de Marie-No Gandzion, adjointe de Catherine Trautmann à Strasbourg. Les journalistes se sont intéressés au patrimoine immobilier de sa famille et aux conditions dans lesquelles plusieurs biens auraient été acquis.
L’enquête rappelle que son père, Maxime Gandzion, est présenté comme un proche du président congolais Denis Sassou-Nguesso. Son nom apparaît également dans le contexte de l’affaire Gunvor, une affaire internationale liée à des soupçons de corruption dans le secteur pétrolier. Les journalistes relèvent par ailleurs que Marie-No Gandzion a été associée et gérante d’une société civile immobilière détenant plusieurs appartements à Strasbourg et s’interrogent sur l’origine des fonds ayant permis certaines acquisitions.
Ces éléments ne constituent pas, à ce jour, une condamnation ni une mise en cause judiciaire de Marie-No Gandzion. La présomption d’innocence demeure la règle. Mais une question politique se pose.
Catherine Trautmann a affirmé qu’elle ne connaissait pas ces éléments lorsqu’elle a constitué son équipe municipale. Cette déclaration mérite d’être entendue. Rien ne permet d’affirmer qu’elle aurait eu connaissance d’informations cachées ou qu’elle aurait volontairement choisi d’ignorer une situation particulière.
Cette affaire révèle une difficulté plus générale de la vie politique : jusqu’où doit aller la responsabilité d’une tête de liste dans le choix de ses colistiers ?
Lorsqu’une équipe municipale est constituée, la logique électorale conduit souvent à rechercher des personnalités capables d’apporter une influence, une implantation locale, un réseau ou une notoriété. On choisit des figures associatives, des représentants du monde économique, des personnalités reconnues dans leur quartier ou leur milieu professionnel. Cette ouverture peut être une richesse. Mais elle ne peut pas remplacer la vigilance.
Dans le secteur privé, aucun groupe sérieux ne confie des responsabilités importantes sans procéder à des vérifications approfondies sur le parcours d’un dirigeant ou d’un partenaire. Dans la vie publique, où les élus représentent les citoyens et gèrent l’argent collectif, cette exigence devrait être au moins équivalente.
Il ne s’agit pas de transformer chaque candidat en suspect. Il ne s’agit pas non plus d’exiger une enquête policière avant chaque nomination. Il s’agit simplement de considérer qu’une fonction publique impose une obligation de prudence. Examiner les parcours, les intérêts économiques, les responsabilités passées et les éventuels risques de conflit d’intérêts devrait devenir une pratique normale.
Car la formule « nous ne savions pas » est devenue trop fréquente dans la vie politique française. Même si elle est parfois sincère, elle n’en pose pas moins un problème démocratique. Les citoyens attendent des responsables publics qu’ils ne découvrent pas les difficultés en même temps qu’eux.
Une tête de liste ne choisit pas seulement des noms sur un bulletin de vote. Elle choisit des personnes auxquelles elle confiera une part de son pouvoir et de la confiance des électeurs.
La question posée par cette affaire dépasse Strasbourg. Elle concerne toutes les formations politiques. À l’heure où la défiance envers les élus progresse, la transparence ne peut plus être une réaction après une crise. Elle doit devenir une exigence avant l’entrée en responsabilité.
La confiance publique se mérite. Elle naît d’abord du choix des femmes et des hommes auxquels on confie des responsabilités.
À cet égard, la liste municipale de Catherine Trautmann a pu donner le sentiment de faire la part belle à l’opportunisme politique, en mettant en avant des personnalités dont l’engagement semblait davantage guidé par des intérêts de carrière que par le service des Strasbourgeois.
Séraphine