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Le Jazz à Strasbourg

Strasbourg n’a jamais été une ville de mélomanes que ce soit dans le domaine de la musique classique ou du jazz. La ville se glorifie de son orchestre philharmonique et justifie son soutien financier par une importante fréquentation. En réalité les concerts ne font pas salle comble et la municipalité distribue gratuitement de nombreuses entrées à ses fonctionnaires. Après tout, pourquoi pas ? C’est un moyen de diffuser la culture.

Depuis 1958, notre ville a accueilli au Palais des Fêtes, au théâtre du Cercle, puis au Palais des Congrès de grandes vedettes internationales du jazz. Le public était majoritairement allemand. On se souvient du concert d’Oscar Peterson, qui n’attira que quarante amateurs et fut annulé pour cette raison. Plus récemment c’est encore le public allemand qui remplit le Palais des Congrès lors du concert de Keith Jarrett à 100 € la place.

Ces concerts furent organisés sans l’aide du service culturel strasbourgeois par des passionnés comme Robert Noss, les frères Wolf ou Harry Lapp.        Parallèlement les amateurs pouvaient assister à de petites soirées musicales au FEC, à la Gallia, au Club Européen du jazz, au Faisan, au Café des Anges, au Funambule, au Lazybird, au Piano Bar, etc. Ces petits cafés-concerts éphémères présentaient des musiciens locaux ou professionnels dans une ambiance conviviale. Mais la ville a entravé cette vie nocturne par des descentes de police non justifiées en raison de plaintes pour tapage nocturne dans la rue ! 

Ces clubs disparaissent vers les années 2000. L’Artichaut était encore la seule cave de jazz à cette époque. Strasbourg sera pendant de longues années un désert musical.

Le festival JAZZDOR de Strasbourg, qui n’a de jazz que le nom, a été créé il y a quarante et un ans. La programmation est surprenante puisqu’elle favorise les musiques « actuelles », en fait ce que l’on appelle la musique du monde, au détriment du jazz. Les rares jazzmen, qui ont participé, n’ont pas attiré la foule. A titre d’exemple, le grand saxophoniste Jackie McLean s’est produit devant un auditoire clairsemé d’où la réflexion du directeur du festival : « Mon rôle consiste à remplir les salles » ; ce qui peut se traduire par « Peu importe la qualité musicale, l’essentiel est d’attirer un large public ou pourquoi donner de la confiture aux cochons. ». Dans le commerce vendre un produit pour ce qu’il n’est pas est puni par la loi. Cette falsification scandaleuse de dénomination ne fera pas des spectateurs des amateurs de jazz. 

Enfin reconnue comme une musique sérieuse et difficile, le jazz est enseigné au conservatoire. Bernard Struber, puis Michael Alizon formeront de nombreux élèves. Le besoin de s’exprimer de ces jeunes musiciens incite les marchands de limonade à organiser des soirées musicales. La création des classes de jazz au conservatoire crée une impulsion bénéfique à cette musique live. 

Le jazz renait à Strasbourg depuis peu : concerts au conservatoire, au Fossé des Treize ainsi que dans les caves de la ville. 

Quelques bonnes adresses (concert ou jam session) :  Le LAAB 1, rue du bain Finkwiller et QUAI DE SCENE,  Le Nid du Jazz 5, quai du général Koenig, dont on dit le plus grand bien.

J’ai découvert LE PETIT TIGRE, Faubourg National. Jam session le jeudi de la dernière semaine du mois après une première partie avec le trio de Stefan Sirbu. Le 29 janvier fut une excellente soirée. De nombreux musiciens ainsi qu’une chanteuse se sont produits dans une grande variété de style, des standards de Broadway au style bop avec quelques incursions à une musique plus contemporaine. J’ai compté trois trompettistes, cinq saxophonistes, trois pianistes, trois ou quatre batteurs, trois contrebassistes, une chanteuse, plusieurs guitaristes et même un violoniste. Ambiance décontractée. Néanmoins, comme c’est une jam session, on ne sait quels musiciens seront présents. Les artistes viennent jouer pour leur plaisir et la qualité musicale varie en fonction des intervenants.

Il était temps que notre ville s’anime le soir.

Léon Terjanian

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