Tu vois, ils avaient raison, les vieux, les cons et leurs vieilles oraisons …
Je suis une femme-enfant ! Je n’ai pas su grandir.
Je suis. A une drôle de hauteur. A la poursuite du bonheur. Exaspérante. Épuisante. Toujours en rythme ternaire. Oui, frileuse ou téméraire. Prostrée dans mon silence. Ou en transe. Timide et tête en l’air. Usante comme la mer. A côté de mes pompes, à envisager que je me trompe. Incapable de penser au lendemain ou dessiner d’un trait mon destin. Exagérée. Disproportionnée.
Devenir une femme, comme dans les publicités, j’ai raté. J’ai échoué à l’examen de passage. Je redouble chez les pas sages. Il paraît que je suis ingérable. Que je suis trop. Que je suis pas assez. Que j’embrasse trop. Que j’aime trop. Que je déteste trop. Trop tôt.
Je suis trop bruyante. Trop effervescente. Pas assez sereine. Pas une reine. Pas assez apathique. Pas assez antipathique. Pas assez glaciale. Amorale. Pas assez indifférente. Pas assez distante …
Je ne sais pas compter, épargner, échafauder, calculer, manipuler, être doucereuse, simuler d’être heureuse, simuler tout court, manger des petits fours, enrober, aménager et ménager, être politique, pratique, comprendre les mobiles des adultes, faire croire, quand c’est faux, que j’exulte, supporter toutes leurs prisons, me satisfaire de leur modération, m’ennuyer avec des gens polis, être dépolie, ne pas observer et détailler, oublier mes obsessions, ne pas être dans la passion, ne pas sur-penser ce qui les indiffère, être d’acier, être de fer, ne pas pouffer comme une ado, ne pas être trop maso, ne pas tomber amoureuse de connards, ne pas trop les garder en mémoire, …
Oui, Vieillir, ça se fait seul.
Et mon miroir me le répète en continu.
Habillée ou nue.
Mon âme est née enfant.
Rien n’y fait avec le temps.
Il y a quelque chose de terrifiant à savoir que l’on ne change pas une souris en éléphant …
Et au fond, une souris aussi, ça trompe énormément !
Martine Benz