Les archives de l’I.N.A.

L’après-midi de ce dimanche ensoleillé du 10 juillet  à 16h, LCP TV diffusait une émission «  Rembob’Ina »  consacrée aux archives de jazz de l’I.N.A. ( Institut National de l’Audiovisuel) et en particulier à l’éphémère festival de Châteauvallon. Le choix de cette plage horaire à faible audience reflète le peu de considération des programmateurs pour le Jazz, cette musique afro-américaine, qui influença  toute celle du XXème. (émission disponible sur le site de LCP).

Pendant près de deux heures, nous avons eu droit à des extraits de concerts, la plupart inédits. La production cite les noms des chefs d’orchestre, mais omet ceux des membres des orchestres. Certains titres des interprétations sont passés sous silence. 

Sans entrer dans les détails : le pianiste de Sonny Rollins est Walter Davis Jr. – Dans le premier titre, Dizzy Gillespie joue avec le grand saxophoniste Johnny Griffin –  Miles Davis est aux côtés de Barney Wilen, Pierre Michelot, Kenny Clarke – le premier titre d’Oscar Peterson est Sweet Georgia Brown, etc  Le rédacteur en chef de Jazz Magazine, présent sur le plateau, aurait pu  donner ces informations, mais peut-être n’était-il pas capable de reconnaître ces musiciens de renom ?

Les archives de l’ l.N.A. sont impressionnantes dans tous les domaines. Jusqu’à la fin du film 16MM remplacé par la vidéo, quarante-cinq kilomètres de pellicule furent  tournés chaque jour, ce qui pose le problème de l’archivage. La date est la seule indication notée sur les boîtes métalliques. 

Ainsi une interview, le journal télévisé, un concert ou un match de foot se retrouvent dans une même suite de bobines. Si on ajoute les supports vidéo, il y a de quoi donner le tournis aux archivistes chargés de l’inventaire. Pendant un temps dans les années 80 , l’institut avait chargé un spécialiste du jazz de reconnaître les concerts, le nom des musiciens et les titres des morceaux, mais, en raison d’un manque de moyens, le projet de mettre de l’ordre fut abandonné.

Lors de l’émission en question on nous parle de ces montagnes d’archives à défricher, des erreurs d’étiquetage et de la volonté de l’I.N.A. à retrouver certains documents égarés. Bravo, mais à quoi bon, puisqu’ il n’y a plus de diffusion de ces archives sur les chaînes nationales. Cet institut est financé par les redevances télé et le soutien de l’état. Pourquoi sommes-nous privés de ces archives, dont une grande partie n’a jamais été programmée sur le petit écran ?  

Les télévisions  américaines ne se sont pas intéressées au Jazz et leurs archives sont si pauvres, que, lors de la production de la trentaine de DVD Jazz Icons , les producteurs ont dû faire appel aux chaînes de télévision européennes, dont l’I.N.A. 

La France aurait pu suivre l’exemple de l’Angleterre : La BBC a donné une licence d’exploitation sur DVD des célèbres émissions « Jazz 625 » à diverses sociétés privées. L’INA a probablement été échaudé suite à une tentative malheureuse fin des années 80 dans le domaine de l’audio. Sans autorisation des ayants-droits, l’INA a mis sur le marché une vingtaine de CD sous les étiquettes  Esoldun-Ina et Wotre Music France, dont le contenu provenait de ses archives. Poursuivi par les héritiers de Thelonious Monk et de Bill Evans, l’I.N.A. fut condamné par le T.G.I. de Paris à 700.000 francs de dommages et intérêts. (Le Monde 24/12/1994).  

Les archives de l’Institut National de l’ Audiovisuel sont un patrimoine culturel inestimable.et ont été constituées par les deniers publics. Ces documents, amassés depuis presque un siècle verront-ils le jour ?

P.S. : Certains concerts en audio sont disponibles sur le site de l’INA. Quant aux films et à la vidéo, les pirates ne se gênent pas pour les mettre en ligne sur Youtube 

COLE PORTER

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