Alcoolo Sapiens

Des chercheurs de l’université de Californie ont étudié une population d’Atèles de Geoffroy, singes-araignées aux mains noires qui vivent à Panama, sur l’île Barro Colorado. Ces braves singes consomment des mombins, fruits ressemblant à une petite prune jaune-orangée.

Les scientifiques ont observé les animaux pendant une période de douze heures, de six heures du matin à six heures du soir et ils ont constaté qu’ils préfèrent ces fruits lorsqu’ils sont un peu  fermentés.

Cette étude montre que les singes-araignées ingèrent de l’éthanol naturel à faible niveau, et qu’il constitue l’un de leurs aliments habituels. Ce serait la première démonstration de ce type pour un primate frugivore. Partant de là, on se dit que l’hypothèse du singe ivre, émise au début du siècle par Robert Dudley, serait donc vraie ?

D’après celle-ci, au paléolithique, avant la sédentarisation et le développement de l’agriculture, les chasseurs-cueilleurs suivaient un régime fructivore, en privilégiant ceux qui avaient commencé à fermenter (tant qu’à faire…).

Il se trouve que l’éthanol avait pour eux une action positive à plus d’un titre : d’une part, les vapeurs pouvaient aider les cueilleurs à localiser les baies bien mûres et d’autre part, l’éthanol était un excellent indicateur de la maturation, plus fiable que la couleur ou l’épaisseur de la peau. Pour couronner le tout, il stimulait l’appétit et apportait davantage de calories.

Les scientifiques supposent que le fait de privilégier les fruits très mûrs et un peu alcoolisés peut avoir contribué à une sorte de sélection naturelle chez nos ancêtres hominidés.

On s’interroge parfois sur la pertinence de certaines études scientifiques, mais il faut reconnaître que là, c’est d’une importance primordiale !

D’ailleurs, d’autres études ont montré que le Sapiens de comptoir n’était pas le seul être vivant à se pochetronner. 

Par exemple, et pour n’en citer qu’un, le ptilocerque de Löw, animal placentaire (animal qui accouche de juvéniles, c’est-à-dire des organismes qui n’ont pas atteint le stade adulte, la maturité sexuelle ou la taille maximale), pesant une soixantaine de grammes avec une queue longue et touffue pouvant mesurer jusqu’à vingt centimètres (ce qui n’en fait pas pour autant un de nos ancêtres, bien qu’il soit très proche du primate, lui-même très proche du supporter de foot).

On a constaté qu’il se nourrissait d’un nectar de palmier qui fermente sous l’action de levures naturelles et dont le taux d’alcool peut atteindre 3,8 %. Normalement, la quantité d’alcool que cette petite bestiole absorbe devrait assommer n’importe quel poivrot, excepté Gérard Depardieu. Eh bien pas du tout, elle reste aussi sérieuse qu’un contribuable devant sa feuille d’impôt.

Tout ça pour dire que grâce à la science, les retours avinés au bercail devraient dorénavant être un peu plus paisibles, puisqu’il suffira de dire : « hé, ho, ma biche, z’est bas de ma vaute, z’est la gé-né-ti-que de mes zancêtres! »

O.T.

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