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Les mots morts de la politique

Vous connaissez la chanson Les Mots bleus, en voici une autre : Les Mots morts. « Il faut nous RASSEMBLER ! », « Je serai la présidente de TOUS les Français ! », « Cette force, je l’ai EN MOI ! ».  Assistons-nous dans nos démocraties à une mort des mots, vidés de leur substance, privés de toute cellule vivante, donnant lieu à une forme de grammaire cadavérique ? 

Les mêmes expressions rabâchées depuis des années par les conseillers en communication qui valsent d’un camp à l’autre, les notes sur l’insécurité, l’emploi, le chômage, combien avons-nous entendu de punch lines pensées et mises en place par ces cabinets ? « La fracture sociale », « La croissance, j’irai la chercher avec les dents ! »… C’est à se demander si les rédacteurs pensent en bandeau, vous savez, celui qui défile sous l’image, reprenant les « grandes » phrases.

Cela devient inaudible

 Il y a ensuite les essais de ces formules en réunion avec l’intéressée – « Valérie, qu’est-ce que tu penses de  » La France, je l’étreins ! « , pas mal non ? Tu vois, on injecte un petit côté villepiniste dans ton discours ! Tu te souviens, quand il balançait  » La France, il faut la prendre par le bassin ! « .J’pense que c’est pas mal que ce soit une femme qui l’énonce, non ? » Le conseiller stabiloteur doit être évidemment content de sa trouvaille puis il interpelle : « Valérie ? Valérie t’as deux minutes ? » (On se tutoie dans les QG, il y a de l’affection en politique.)

 Et pendant ce temps, nous, électeurs, nous écoutons ces mots Frankenstein. « Je vous appelle au SURSAUT ! », « Cinq ans, c’était TROP ! Dix ans ce sera trop TARD ! ». Cela en devient inaudible. Alors je vais poursuivre cet article non pas en grec ni en latin, mais à mon tour en « motmorts ».

Pour cela, après avoir un peu égratigné une parcelle du camp de droite, permettez-moi de me glisser en rédacteur d’un petit candidat écolo-bobo-islamo-gaucho. Vous êtes prêts ? (Quand les mots sont en gras, il faut forcer sur la première syllabe.) 

« Tous ensemble ! Tous ensemble ! »

 « Mes chers amis, je crois qu’il faut arrêter de Diviser et de Stigmatiser certains Français. Il faut aujourd’hui nous Rassembler. C’est par l’union de nos différences, de nos appartenances respectives, que nous arriverons à bâtir une France Tolérante, Ouverte, Accueillante ! Ce qui a fait la France est qu’elle n’a jamais été la France ! (Punch line) Oui, mes amis, je le dis ici Haut et Fort, devant vous, la France s’est construite depuis des Millénaires par des vagues d’influences successives qui n’ont Jamais Cessé de nous enrichir ! Il est temps de vivre Tous Ensemble ! »

 (À ce moment précis, le chauffeur de salle clame au public « Tous ensemble ! Tous ensemble ! Tous ensemble ! », formule reprise en chœur par les militants. L’orateur feint un sourire politique très affectif style Taubira, puis il laisse la foule s’exprimer, comme dépassé par la clameur. Il fait mine ensuite de vouloir calmer la liesse.)

 « Merci, mes chers amis ! Merci ! Enfin je voudrais vous annoncer ici toute ma Fermeté, et toute ma Détermination quant à un combat qui nous concerne TOUS ! Je vous appelle tous à vous Mobiliser ! Ce combat, mes amis, c’est la lutte contre le Réchauffement climatique »

 Allez, ne m’en voulez pas, je vais me coucher, bonne nuit.

Mandrake

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