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Giorgia, Marine, l’une a fait ses preuves, l’autre les promet

Quand Giorgia Meloni est arrivée au pouvoir, en octobre 2022, les capitales européennes ont retenu leur souffle. Une dirigeante issue d’une famille politique héritière du fascisme venait de prendre la tête du gouvernement italien. On annonçait une confrontation avec Bruxelles, des tensions avec les alliés de l’Italie et un virage nationaliste susceptible de bousculer les équilibres européens. 

Quatre ans plus tard, Meloni est toujours là. En septembre 2026, son gouvernement a même battu le record de longévité de la République italienne.

Meloni n’a pas abandonné ses convictions conservatrices sur l’immigration, la famille ou l’identité nationale. Elle a compris comment exercer le pouvoir sans transformer chaque désaccord en crise diplomatique. Elle négocie avec Bruxelles, soutient l’Ukraine et compose avec les contraintes de l’Union européenne et de l’OTAN. Elle reste contestée, mais elle est devenue un interlocuteur respecté avec lequel il faut compter.

Marine Le Pen observe Giorgia Meloni depuis des années.  Comme elle, elle a entrepris de dédiaboliser son parti pour accéder au pouvoir, mais entre la dirigeante italienne et la patronne du Rassemblement national, il existe une différence majeure. Meloni a gouverné, Marine Le Pen n’a jamais dirigé un gouvernement. La première peut opposer des décisions à ses détracteurs. La seconde doit encore démontrer ce qu’elle ferait une fois les clés de l’État en main.

À quinze ans, Giorgia Meloni rejoint la jeunesse du Mouvement social italien, fondé par des militants issus du fascisme mussolinien. Elle poursuit son ascension dans cette famille politique, devenue Alliance nationale, avant de prendre la tête du mouvement de jeunesse, d’être élue députée puis de devenir ministre de la Jeunesse dans le gouvernement Berlusconi, en 2008. En 2012, elle fonde Fratelli d’Italia, qui conserve dans son emblème la flamme tricolore associée à cette histoire. Dix ans plus tard, elle accède à la présidence du Conseil.

Ses origines politiques n’ont pas disparu avec son arrivée au pouvoir. Elles expliquent les inquiétudes qu’elle a suscitées et les controverses qui entourent encore son parti.  

Son bilan est loin de faire l’unanimité. Ses politiques migratoires et sociétales sont vivement critiquées, plusieurs réformes institutionnelles ont échoué ou rencontré des obstacles. En revanche, sa longévité est, incontestable. Elle a démontré qu’une dirigeante issue de la droite radicale pouvait durer au pouvoir et traiter avec ses partenaires sans provoquer la rupture annoncée et rêvée par ses détracteurs.

Marine Le Pen dirige le Front national depuis 2011, l’a rebaptisé Rassemblement national en 2018 et a disputé trois élections présidentielles. Elle a profondément transformé l’image de son parti et élargi son électorat. Mais la conquête des urnes ne se confond pas avec l’exercice du pouvoir.  

L’économie serait un premier test. Meloni a choisi une certaine prudence budgétaire, consciente qu’un bras de fer avec les marchés financiers ou les institutions européennes pourrait coûter cher à l’Italie. Son bilan économique reste contesté, mais elle n’a pas fait de la confrontation permanente sa méthode de gouvernement. Le RN devra préciser comment il financerait ses promesses dans un pays lourdement endetté, sans provoquer une crise de confiance qui réduirait ses marges de manœuvre.

Le deuxième test serait politique. Meloni ne gouverne pas seule, elle s’appuie sur une coalition qui réunit notamment la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia. Cette alliance lui donne une majorité, mais l’oblige aussi à composer. 

Marine Le Pen devra résoudre cette difficulté française qui rend incertaines les relations du RN avec la droite traditionnelle. Sans majorité solide, les promesses risquent de se heurter rapidement à l’Assemblée nationale.

La diplomatie constitue une autre épreuve. Meloni a rassuré ses partenaires en maintenant l’Italie dans ses alliances et en soutenant l’Ukraine, malgré les inquiétudes initiales suscitées par certaines proximités politiques de la droite radicale européenne. Loin des promesses de campagne. Marine Le Pen devra apporter les mêmes garanties sur la place de la France en Europe, ses engagements internationaux et ses alliances stratégiques. 

 Un autre obstacle pèse sur la trajectoire de Marine Le Pen. Son affaire judiciaire. La procédure relative aux assistants parlementaires européens et ses suites en cassation constituent un enjeu politique majeur à l’approche de 2027.  

 Marine Le Pen est pour le moment au stade de la promesse. Elle peut se prévaloir de son expérience politique et de la progression électorale du RN mais elle ne peut pas encore présenter de bilan gouvernemental.  Elle peut aussi affirmer qu’elle saura agir autrement que ses prédécesseurs si elle s’entoure de femmes et d’hommes compétents dans les disciplines qu’elle ne maîtrise pas comme l’a fait Giorgia Meloni.    

Meloni offre à Marine Le Pen un précédent, pas un mode d’emploi. La dirigeante italienne a montré qu’on pouvait conserver une ligne nationaliste, rassurer une partie de ses partenaires et durer sans satisfaire tout le monde. Elle n’a pas prouvé que cette méthode fonctionnerait en France, ni que les résultats de son gouvernement justifieraient toutes ses orientations.

Au fond, la question n’est pas de savoir si Marine Le Pen peut devenir la Meloni française. Elle est de savoir si elle saura faire autre chose que gagner des voix.  

Séraphine 

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