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Il va falloir s’y faire

Ça m’a pris 30 secondes, le temps d’écrire mes 3 lignes de prompts.

Ensuite, j’ai demandé à Claude de m’écrire quelques métaphores jolies, pour évoquer quelque chose « qu’on aurait failli avoir et qu’on a raté », (comme un prix Goncourt par exemple) 

Voici ses propositions, que je retranscris intégralement : 

Beau comme un train de nuit aperçu depuis un pont, ses fenêtres allumées une à une comme des pensées qu’on n’aura pas.

Ou encore : beau comme le prénom qu’on a mis trois secondes de trop à demander, et que la porte du métro a refermé avant la réponse.

Autre option, plus tranchante : beau comme un feu d’artifice raté à cause d’un coup de téléphone, dont il ne reste que le bruit sourd et la lueur sur les visages des autres.

Voilà. L’IA c’est ça. Un truc qui fait illusion. Quand on lit vite, ça passe et ça peut même donner une impression de poésie. Une « vélocité luxuriante » comme ils ont dit au Masque & la plume. 

En réalité, si on prend 2 secondes pour réfléchir, ça ne veut rien dire. Les comparaisons sont complètement claquées au sol, le style est boursoufflé, ampoulé, pompeux.

Là, bien sûr, j’ai fait très vite, j’ai volontairement donné peu de consigne et je me suis amusé avec un nom « Pinpin le lapin » que même l’IA a détecté comme étant décalé. Mais j’aurais pu, en 5 minutes supplémentaire, donner des consignes plus sérieuses et obtenir un résultat bien plus bluffant. 

On va y arriver. 

Comme on peut s’entraîner à faire la différence entre un bon vin d’une piquette, comme on peut exercer son œil à distinguer un vrai sac à main d’un faux made in China, on va arriver à repérer les textes bidons, de ceux des vrais écrivains. Vous savez, ceux qui transpirent des jours et des nuits sur la position d’une virgule, le choix d’un adjectif ou le rythme d’une phrase. 

Ils existent, ils sont nombreux et c’est d’eux dont on devrait parler.

Nathalie Bianco

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