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La Corée du Sud et l’IA

L’Intelligence artificielle est devenue le phénomène macroéconomique et boursier de l’année en Corée du Sud. Les exportations du pays sont dopées, les bénéfices des entreprises du secteur explosent ainsi que la Bourse de Séoul.

Samsung Electronics et SK Hynix représentent à elles seules plus de 50% du poids de l’indice KOSPI.

Leurs cours boursiers ont plus que doublé depuis le début de l’année.

La hausse est d’une telle ampleur que la capitalisation totale de la bourse de Séoul est proche de 5 500 milliards de USD, dépassant celle de la bourse de Londres que n’est que de l’ordre de 3 300 milliards de USD.

L’explication est simple. La demande mondiale en semi-conducteurs a explosé, celle-ci provenant de la demande pour les infrastructures d’IA.

Samsung Electronics et SK Hynix sont au cœur du jeu, leurs mémoires DRAM et notamment la version spécialisée ultra-rapide de la DRAM, appelée HBM (High Bandwidth Memory). Les deux entreprises ont enregistré des sommets historiques en termes de chiffre d’affaires et de marges opérationnelles au cours du premier semestre 2026.

Cette envolée a été portée par une augmentation de près de 200 % du prix de vente moyen des mémoires DRAM et Flash NAND.

Depuis le début de l’année, les exportations coréennes de semi-conducteurs ont bondi de près de 169% et représentent désormais environ 41 % des exportations du pays. Les exportations totales ont, elles aussi, atteint des niveaux records. Le boom de l’IA profite à l’ensemble de l’économie de la Corée du Sud.

Ce phénomène ne s’est pas limité aux semi-conducteurs. L’ensemble de la chaine de valeur profite des besoins massifs en infrastructure d’IA.

La chaîne de valeur s’allonge donc rapidement : GPU → mémoire HBM → serveurs → data centers → électricité → transformateurs → réseaux : 

Hanmi Semiconductor fournit des équipements utilisés dans le packaging avancé des puces. Samsung Electro-Mechanics profite de la demande de composants destinés aux serveurs et aux équipements électroniques. Puis une deuxième vague apparaît : celle de l’électricité.

Car l’IA est extrêmement gourmande en énergie. Chaque nouvelle génération de data centers nécessite des transformateurs, des équipements de distribution, des câbles et des réseaux capables d’acheminer davantage de puissance. HD Hyundai Electric, LS ELECTRIC et Hyosung Heavy Industries sont ainsi devenus des bénéficiaires indirects du boom des data centers.

Les chaebols (grands conglomérats) sont au centre de l’économie sud-coréenne. C’est une des raisons de la diffusion rapide de l’explosion de l’IA au reste de l’économie.

Samsung en est l’illustration parfaite. Samsung Electronics est l’un des piliers mondiaux des semi-conducteurs, Samsung Heavy Industries, autre société du groupe, construit des méthaniers et des navires offshores. L’économie coréenne dispose ainsi de grands groupes industriels intervenant de l’électronique à l’industrie lourde.

La Corée n’est toutefois qu’un maillon d’une chaîne asiatique beaucoup plus vaste. 

Taïwan, avec TSMC, leader mondial des fonderies de semi-conducteurs, tandis qu’ASE Technology intervient dans le packaging et le test. 

Le Japon fournit une partie des équipements et matériaux indispensables : Tokyo Electron pour les machines de fabrication, Advantest pour le test, Shin-Etsu Chemical et SUMCO pour les wafers de silicium, ainsi que plusieurs fabricants de photoresists et de photomasks.

Chaque pays occupe un maillon difficile à remplacer.

L’Europe, elle, n’est pas absente mais reste marginalisée. L’effet taille est massif. Les chiffres sont criants. La capitalisation boursière cumulée des trois géants asiatiques des semi-conducteurs, TSMC, Samsung Electronics et SK Hynix dépasse les 4500 milliards de dollars alors que celle du champion européen du secteur, ASML n’est que de l’ordre de 600 milliards de dollars. L’Europe manque de masse critique dans les semi-conducteurs nécessaires à l’IA.

ASML est un acteur indispensable de la lithographie avancée, tandis que STMicroelectronics et Infineon disposent de positions fortes dans les semi-conducteurs. Et surtout, le développement massif des data centers ouvre un marché considérable aux champions européens de l’infrastructure : Schneider Electric et Legrand fournissent les équipements électriques, la distribution d’énergie et les systèmes nécessaires aux installations. D’autres groupes européens sont présents dans le refroidissement, les gaz industriels avec Air Liquide, les matériaux et les équipements spécialisés.

Les métiers qui auront peut-être de l’avenir dans l’IA seront ceux d’électriciens et de plombiers.

L’une des principales leçons de l’expérience coréenne : un pays n’a pas besoin de créer le prochain grand modèle d’IA pour bénéficier de la révolution. Il peut capter une part considérable de la valeur en contrôlant quelques goulets d’étranglement industriels.

La question du choix se pose pour l’Europe : voudra-t-elle créer un champion à tout prix ou privilégiera-t-elle de contrôler des maillons de la chaine de l’IA ?

La Corée ne possède pas seulement Samsung Electronics, mais un écosystème complet autour des semi-conducteurs, de la mémoire, des composants et de la fabrication.

La Corée du Sud et la France ne jouent pas dans les mêmes catégories, l’effet de taille constitue un avantage structurel majeur pour les acteurs sud-coréens.

Ces jours-ci, le président Sud-coréen est en visite officielle en France. Des contrats et des investissements sont au programme. L’objectif est d’atteindre un volume d’échanges annuels de l’ordre de 20 milliards d’euros d’ici 2030. 

Des cacahuètes comparativement au plan en Corée du Sud qui prévoit l’investissement de 1200 milliards de dollars dans les semi-conducteurs et des datacenters dédiés à IA, Samsung Electronics et SK Hynix prévoyant d’investir 520 milliards de dollars dans l’hub de fabrication de semi-conducteurs et le gouvernement pilotera et facilitera le projet de 650 milliards de dollars de les datacenters liés à l’IA.

Ainsi, la Corée du Sud contrôlera les infrastructures physiques qui permettront à l’IA de se développer.

Donald Duck

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