Le 17 juin 2026, dans les salons dorés du Château de Versailles, Donald Trump a signé un Memorandum of Understanding avec l’Iran. Le lieu, chargé de symboles, semblait presque ironique.
Versailles n’a jamais été le théâtre des victoires éclatantes, mais plutôt celui des redditions solennelles. La France connaît trop bien ces pages d’histoire, de Versailles à Montoire. Il n’est donc pas surprenant que la France et ses partenaires européens, toujours prompts à saluer les compromis qui ressemblent à des renoncements, aient applaudi l’accord, rejoints par les antis Trump américains et la droite isolationniste. Un spectacle qui rappelait, comme un murmure venu d’un autre siècle, le fameux « ah les cons ! » de Daladier.
Cet accord, négocié par les équipes du vice-président Vance et du président du Parlement iranien Ghalibaf, sous la médiation « neutre » du Pakistan et du Qatar, a tout d’une capitulation diplomatique.
L’Iran y obtient la levée des sanctions, le dégel de ses avoirs, trois cents milliards de dollars pour sa reconstruction, la reprise de ses exportations pétrolières et même une forme de protection tacite pour son territoire et ses proxies. En échange, Téhéran promet d’ouvrir le détroit d’Ormuz quand il le jugera opportun, et de renoncer à l’arme nucléaire, une promesse que personne ne semble prendre au sérieux. Les missiles balistiques ne sont même pas mentionnés. Et pourtant, dans soixante jours, un accord final devrait être signé. Mais comment négocier lorsque tous les leviers ont été abandonnés avant même de s’asseoir à la table ?
Ce renoncement est d’autant plus incompréhensible que, le 28 février, au début de la guerre, Donald Trump tenait en main une véritable quinte flush royale. Il avait la sortie du JCPOA et les sanctions écrasantes, les frappes sur les sites de missiles balistiques, la destruction méthodique des infrastructures nucléaires, l’élimination du guide suprême et des commandants des Gardiens de la Révolution, et enfin le contre blocus du détroit d’Ormuz, arme économique absolue. Face à cela, le régime iranien ne disposait plus que d’une capacité de nuisance, comme l’avait souligné l’amiral Brad Cooper. Sa seule carte était la fermeture du détroit d’Ormuz.
Et pourtant, au moment de ramasser ses gains, Trump s’est levé de table. À Évian, avant de signer, il s’est félicité de la réouverture du détroit, affirmant vouloir éviter une « grande dépression » et soulignant que les réserves mondiales de pétrole étaient « presque à zéro ».
Il aurait pu s’emparer du détroit d’Ormuz mais il a reculé, prisonnier de la lassitude occidentale, de la peur des « guerres sans fin », de l’obsession des « troupes au sol ». Il n’a pas voulu affronter l’air du temps, soufflé par Tucker Carlson, alors même que sa base le soutenait.
Les faits sont implacables. L’Iran, qui rêvait de sanctuariser son programme nucléaire grâce à plus de dix mille missiles balistiques, a été militairement anéanti. La guerre du 28 février l’a laissé bien plus affaibli que ne l’aurait jamais permis le JCPOA. Mais ce mémorandum lui offre une respiration, une bouffée d’air pour reconstruire ses forces, ses réseaux, ses ambitions. Les milliards ne nourriront pas le peuple, mais les centrifugeuses, les missiles, les proxies Hezbollah compris.
À l’approche des midterms, Trump voulait faire chuter le prix du pétrole. Le baril pourrait descendre à cinquante dollars, et l’Américain moyen se réjouira de payer moins de quatre dollars le gallon. Mais le prix politique sera lourd, car Trump apparaît comme un homme qui a renoncé. Il a perdu la bataille du récit. «Il faut vingt ans pour construire une réputation et cinq minutes pour la ruiner.» disait Warren Buffett.
La déroute électorale menace, aggravée par les propos violemment anti israéliens du vice-président Vance, qui irritent républicains et indépendants, (évangéliques, ou simplement attachés à l’existence d’Israël). Vance parcourt les studios des podcasters isolationnistes, en reprenant les éléments de langage de l’administration Obama lors du JCPOA. Il s’abreuve à des discours teintés de stéréotypes antijuifs, propagés par une mouvance qu’il nomme woke reich. Pendant ce temps, les adversaires des États Unis et d’Israël remportent la guerre informationnelle, grâce aux financements massifs du Qatar, de la Chine et d’autres pays arabes.
Selon l’analyse du colonel John Spencer, les États Unis reçoivent bien plus d’Israël qu’ils ne donnent : innovation militaire, technologie, renseignement, stabilité régionale, préparation stratégique face à la Chine. Mais cette réalité semble aujourd’hui noyée dans le vacarme des discours extrêmes.
Si Vance ne se désolidarise pas de cette minorité bruyante et ne s’excuse pas, la défaite républicaine pourrait être sévère. Le parti démocrate, décrit comme en voie d’extrême gauchisation, en profiterait. Un candidat démocrate du Maine, arborant un tatouage nazi, aurait même remporté une primaire sans provoquer de scandale.
Pour 2028, l’espoir républicain serait Marco Rubio.
Reste une question. Trump peut-il encore se relever ? Peut-il comprendre qu’il a été dupé, et décider de reprendre la guerre pour en finir avec un régime qui crie « mort au grand Satan » et développe des missiles intercontinentaux ? Malgré les concessions, Trump a détruit l’infrastructure militaire iranienne, stoppé l’enrichissement d’uranium et affaibli le Hezbollah. L’Amérique n’a pas perdu la guerre. Elle s’est retirée au seuil de la victoire. L’avenir nous le dira.
Sinon, il devra dire merci à son Vice-président pour avoir terni son bilan, pour sa future déroute électorale et d’un possible impeachment par des démocrates extrémisés, à son entourage pour tous les mauvais conseils et d’avoir choisi lui-même JD Vance comme Veep et négociateur du dossier iranien.
Rendez-vous dans soixante jours, ou plus.
Donald Duck