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Les druides n’ont jamais disparu

On les croit dissous dans les brumes de l’histoire, balayés par la conquête romaine de la Gaule, réduits à quelques lignes chez Jules César ou Tacite. Vaguement barbus, sacrifiant sous des chênes, bons pour les manuels scolaires et les fantasmes néopaïens. Erreur !

Les druides n’étaient pas une religion. Encore moins un folklore. Ils étaient une structure mentale. Une manière d’habiter le monde, d’en comprendre les lois invisibles, d’organiser la vie sans la mutiler. Une élite sans temple, sans pierre, sans dogme et donc infiniment difficile à détruire.

Rome a brûlé les bois sacrés a interdit les rites, a imposé ses dieux, son droit, sa langue, mais
Rome n’a jamais réussi à les éradiquer, parce qu’ils incarnaient une intelligence du monde qui ne passe pas par la domination, mais par l’équilibre. Le druidisme, c’est une discipline du regard, une discipline du temps, et de la parole, parler peu, mais dire juste. Les druides formaient pendant des années. Ils savaient que la transmission vaut plus que la conquête. Ils savaient aussi que le savoir ne se donne pas à tous, parce qu’il engage. Aujourd’hui, nous vivons dans une civilisation qui a fait exactement l’inverse. Tout est immédiat, bruyant et superficiel.

On parle, on décide, on détruit, sans savoir, sans comprendre, sans mesurer. Pourtant le monde moderne ne manque pas d’informations, il manque de structure intérieure, et c’est là que les druides redeviennent dangereux parce qu’ils rappellent une évidence que notre époque refuse où tout ne se vaut pas, tout ne se dit pas, tout ne s’improvise pas.

Ils rappellent qu’une société ne tient pas seulement par ses lois ou ses armes, mais par la qualité de ceux qui pensent pour elle. Ils rappellent surtout que la nature n’est pas un décor, un « enjeu » ou un « sujet », qu’elle est une puissance à laquelle il faut se mesurer, et non un stock à exploiter. On a remplacé les druides par des experts, la sagesse par des chiffres et la transmission par des flux. Et l’on s’étonne du chaos.

Cette rubrique ne parlera pas de magie au sens trivial. Elle ne collectionnera pas les mythes pour enfants ni les fantasmes contemporains. Elle fera exactement l’inverse. Elle tentera de retrouver, derrière les ruines et les caricatures, ce que fut réellement cette pensée et pourquoi elle dérange encore.

Parce que si les druides ont disparu, alors il ne reste rien. Mais s’ils ne sont jamais partis, alors une autre lecture du monde est encore possible. Et peut-être nécessaire.

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Le barde du Torchis revient nous raconter la vie des druides en Alsace

En l’an 82 avant notre ère, alors que les chênes semblent ouvrir leurs bras au vent selon des caprices que nul druide n’a su prévoir, le barde Brennos a, lui aussi, adopté une philosophie… disons… très personnelle de l’hospitalité. Son auberge n’ouvre ni aux heures fixes, ni aux jours convenus, mais selon son humeur, ses envies ou la qualité du sourire du premier passant.
Autant dire qu’au sommet du Mollberg, s’y rendre relève moins du voyage que d’une loterie sacrée.

Or, en ce mois d’avril, saison des bourgeons, des oiseaux trop bavards et des décisions impulsives. Brennos a fait quelque chose d’extraordinaire. Il est dehors. Un banc. Une table. Un feu.
Oui, un feu. Et même un trépied bricolé avec l’élégance approximative d’un sanglier ivre, sur lequel pend une chaîne soutenant un chaudron. Dans ce chaudron frémit une eau parfumée de sauge, promesse d’un festin improvisé. Car, sur le chemin, notre barde a cueilli ce que la forêt offre à ceux qui savent la regarder, des asperges sauvages, fines comme des flèches elfiques, et de l’ail des ours, dont le parfum ferait fuir un loup… ou séduire un ami affamé.

Le soleil caresse son visage. Brennos sourit. Chose rare. Presque inquiétante. C’est alors que par un hasard dont les dieux ont le secret (et un sens de l’humour discutable), passe Galopinus Tibetinus, voyageur fidèle en ce lieu… et régulièrement déçu par les portes closes de l’auberge.

« Par la barbe de mes ancêtres… Brennos ? Dehors ? Vivant ? Et sans grogner ? » Le barde reste silencieux, les yeux levés vers le ciel.

— Ne me dis pas que tu es devenu sage… ou pire… sympathique ?
Brennos lève lentement une main.

— Écoute.

Un silence. Puis le chant des oiseaux. Galopinus fronce les sourcils.

— Tu te moques de moi ?
— Non. Écoute mieux. C’est ta chanson.

Et dans le trille léger d’un merle, dans le gazouillis effronté d’une mésange, Galopinus entend peu à peu se dessiner des mots :

« Voici Brennos revenu d’hibernation, Moins grognon. Dans son chaudron dansent les trésors des chemins, « Asperges sauvages et ail des ours, festin divin ! Si la porte est ouverte, entre sans hésiter,
Si elle est fermée… eh bien, va te promener ! Car chez Brennos, ami, retiens bien la leçon :
L’hospitalité dépend… de sa digestion. »

Galopinus éclate de rire.

— Finalement, tu n’as pas changé tant que ça.

Brennos hausse les épaules, remue son chaudron et murmure :

— Peut-être. Mais aujourd’hui… j’ai faim. Et ça, c’est bon signe.

Le feu crépite. Les oiseaux chantent encore. Et, miracle… L’auberge était ouverte. D’une façon éphémère.

Le barde du Torchis

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