Europe : quand l’argent choisit son camp

En 2024, l’Union européenne a vu s’échapper quelque 300 milliards d’euros, une somme colossale qui a traversé l’Atlantique pour se réfugier aux États-Unis. Ce mouvement n’est pas anodin : il traduit une perte de confiance des grands industriels et des détenteurs de capitaux européens envers leur propre continent. Attirés par un environnement économique plus stable, des politiques fiscales allégées et, surtout, une prévisibilité rassurante, ces fonds fuient une Europe où l’incertitude règne en maître. Pour le grand capital, rien n’est plus toxique qu’un horizon incertain. 

Pendant ce temps, les ambitions martiales de l’Europe s’élèvent à des sommets vertigineux. Ursula von der Leyen, Emmanuel Macron, Friedrich Merz et d’autres leaders ont affiché leur volonté de financer un méga-plan d’armement à hauteur de 800 milliards d’euros, censé garantir la “souveraineté” du Vieux Continent. Mais alors que l’Europe cherche à se doter d’une armure militaire, elle perd simultanément les ressources financières qui auraient pu, au moins en partie, soutenir cet effort. Les ultra-riches et les grandes entreprises, en exportant leurs capitaux, laissent les classes moyennes seules face à la facture. Car qui d’autre paiera, sinon elles ?

Une souveraineté en trompe-l’œil

Ce projet pharaonique soulève une question lancinante : à quoi bon s’endetter davantage pour une sécurité illusoire ? Investir dans des chars rutilants et des équipements sophistiqués, vulnérables à des drones bon marché, revient à reconstruire une ligne Maginot moderne, coûteuse, impressionnante, mais dépassée avant même d’être achevée. Un endettement supplémentaire de 800 milliards d’euros ne ferait que fragiliser une économie européenne déjà vacillante. 

Pendant ce temps, les États-Unis tirent les marrons du feu : les capitaux européens affluent chez eux, et l’endettement de l’UE dope indirectement leur complexe militaro-industriel. Les contrats d’armement signés par Bruxelles finiront par gonfler les carnets de commandes de Lockheed Martin ou Raytheon, renforçant la mainmise américaine sur le jeu géopolitique.

Un exemple récent illustre cette dépendance : les F-15 livrés à l’Ukraine, équipés d’électronique américaine, peuvent être désactivés à distance par Washington. Une piqûre de rappel cinglante : ce sont les États-Unis qui dictent les règles, comme toujours. L’Europe, en voulant jouer dans la cour des grands, se retrouve une fois de plus à la merci de son allié d’outre-Atlantique.

Une Europe désarmée face à ses défis

Face à ce constat, une refonte totale s’impose. Sans une stratégie militaire et politique cohérente, portée par des stratèges d’exception – et non par des politiciens en quête de coups d’éclat –, l’Europe n’accoucherait  que d’un simulacre de défense. Les tergiversations autour de la crise ukrainienne en sont la preuve : des milliards d’euros jetés dans la bataille, des équipements disparates envoyés au compte-gouttes, des armes livrées sous conditions américaines, le tout pour défier à la fois Vladimir Poutine et Donald Trump. Le résultat ? Une improvisation qui interroge sur la compétence de nos dirigeants.

Le défi dépasse largement les questions militaires. Il est idéologique, moral, politique. Quelle défense voulons-nous ? Avec quels alliés ? Avec quelle solidarité ? Et surtout, avec l’engagement de qui ? Sans l’implication des grands industriels et financiers, ceux qui préfèrent investir à Wall Street plutôt qu’à Francfort ou Paris, tout plan de relance militaire restera une coquille vide. Les bricolages financiers, ajustés aux desiderata ou aux capacités de tel ou tel État membre, sont condamnés à l’échec.

La fuite en avant, jusqu’à quand ?

La fuite des capitaux n’est que le symptôme d’un mal plus profond. Économiquement, socialement, politiquement, l’Europe s’enlise dans une spirale de fuite en avant qui ne peut plus durer. Ajouter une déroute militaire à ce tableau déjà sombre serait un désastre. 

Si l’Union européenne veut réellement assurer son autonomie face aux États-Unis, elle devra cesser de se contenter de discours grandiloquents et de chèques en blanc. Il est temps de repenser, de reconstruire, de redéfinir. Faute de quoi, l’argent continuera de choisir son camp, et ce ne sera pas le nôtre.

Copernic

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