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Glucksmann, le messie du PS strasbourgeois

“Dans le royaume des aveugles, les borgnes sont rois.”

Il ne manquait plus que le gandin de la République.

Raphaël Glucksmann peut au moins se féliciter d’une chose : le PS strasbourgeois l’a choisi. Alors on se pose forcément quelques questions.

Le message est clair. Pour le PS strasbourgeois, cet homme représente suffisamment leur gauche pour qu’ils aient envie de porter sa candidature.

Glucksmann incarne une gauche européenne, institutionnelle, très présente sur les questions internationales et les droits humains. Il a un positionnement qui correspond parfaitement à une partie du PS urbain : Bruxelles, les grands principes, les déclarations solennelles, avec cette façon de parler au peuple de haut, avec condescendance.

Le PS cherche depuis des années à se reconstruire après ses défaites, ses divisions et son effondrement électoral. Et pour retrouver un peu de souffle, il se tourne vers Glucksmann, qui cherche à rassembler autour de sa candidature présidentielle. Jusque-là, rien de nouveau sous le soleil.

Voilà donc deux appareils politiques qui ont besoin l’un de l’autre et qui se découvrent soudain une formidable proximité.

À Strasbourg, la démonstration prend même une allure locale qui ne manque pas de sel. La ville où le PS a longtemps occupé une place centrale, où l’on connaît parfaitement les codes de cette gauche-là, devient l’un des laboratoires de cette nouvelle union.

On se soutient, on se congratule, on se retrouve, on parle de rassemblement, pendant que les Strasbourgeois regardent tout ce petit monde en se demandant ce qui justifie exactement cet enthousiasme.

Que représente Glucksmann pour le PS strasbourgeois ? Une nouvelle figure de gauche ? Un recours électoral ? Une bouée de sauvetage pour un parti en quête de souffle ? Ou bien un candidat de circonstance pour un parti qui cherche désespérément à se trouver un avenir ?

Céline Geissmann, qui n’est pas exactement connue pour ses fulgurances, l’a sorti de son chapeau. Elle connaît parfaitement le personnage. Elle figurait déjà sur la liste Glucksmann aux européennes de 2024. Elle n’est donc pas tombée sur lui par hasard en feuilletant le catalogue des candidats. Elle le connaît et elle le soutient.

Glucksmann, de son côté, ne boude pas son plaisir. Il veut que son « combat soit commun avec le PS » et explique que les deux formations partagent « exactement la même vision ». Il appelle cela une « symbiose ».

Une symbiose ! Le ridicule n’ayant jamais tué les socialistes, on aurait même accepté une osmose… Tant qu’à faire, hein ? C’est ce qu’on appelle une relation très étroite entre deux personnes, qui semblent fonctionner particulièrement bien ensemble.

Donc, par le truchement de C. Geissmann, le PS et Glucksmann se sont trouvés. Ils partagent la même vision, les mêmes orientations, les mêmes grandes références européennes, démocratiques, écologistes et solidaires. Bref, ils se comprennent et se reconnaissent au premier regard.

De son côté, Céline, la groupie du prince charmant de la gauche strasbourgeoise, ne badine pas avec les mots. Elle le trouve « sincère », « crédible », « très sérieux ». Raphaël Glucksmann n’est pas simplement un candidat possible. Il est une « voix sincère et crédible à gauche ». Un homme au « discours profondément ancré à gauche ». Et, pour couronner le tout, « la personne à gauche qui me semble la mieux placée pour l’instant ».

On se demande ce qu’il reste à faire aux électeurs. Le casting est terminé, le jury a délibéré et le certificat de crédibilité vient d’être décerné.

Et elle ajoute : « Je ne vois pas de candidat plus crédible. » La formule résume bien le fonctionnement de cette petite famille politique où l’on se trouve crédible entre soi, on se trouve sérieux entre soi, on se trouve sincère entre soi, puis on appelle cela un projet politique où l’on distribue les billets d’honneur de crédibilité toujours entre soi.

On se croirait dans Love Is Blind.

Glucksmann est sincère, crédible, très sérieux ! Tout un programme ! Le candidat est adoubé et la gauche strasbourgeoise peut se féliciter d’avoir trouvé son prétendant idéal. Reste à savoir si les électeurs auront le même coup de foudre. Il ne manque plus que la cérémonie de mariage et les félicitations des invités.

Pourquoi Glucksmann ? Parce qu’il est européen, parce qu’il parle un langage familier aux socialistes strasbourgeois et qu’il peut incarner une gauche compatible avec leurs convictions sans rouvrir les vieilles querelles du parti.

Même François Hollande figure au palmarès des candidats jugés crédibles par Geissmann, à condition qu’il décide de se présenter.

Mais le prétendant strasbourgeois pourrait bien découvrir que la succession ne se réglera pas aussi facilement. Car il lui faudra aussi compter avec les boules puantes du PS, sur Ségolène Royal, la teigne de la famille, qui n’a jamais renoncé à ses ambitions, et sur François Hollande, le vieux routier des manœuvres politiques, qui n’a certainement pas dit son dernier mot. Dans la famille PS où les ambitions présidentielles se disputent à coups de petites phrases et de calculs savamment orchestrés, Glucksmann risque de trouver sur son chemin des concurrents autrement plus aguerris qu’il ne l’imagine.

Glucksmann ou Hollande… Voilà donc les perspectives offertes par cette gauche qui prétend regarder vers l’avenir en ressortant les mêmes fossiles politiques, comme si Glucksmann représentait autre chose qu’un recyclage des vieux poncifs. 

Le prince charmant de la gauche strasbourgeoise n’a pas encore obtenu la bénédiction de toute la famille.

Chanoine

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