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Elections en Saxe-Anhalt : victoire électorale de l’AfD

Comment expliquer l’effondrement de la CDU qui a vu son score chuter de moitié par rapport aux dernières élections locales et le doublement de celui de l’AfD qui a gagné le scrutin, lui manquant quelques sièges à l’AfD pour diriger seule la Saxe-Anhalt.

Les électeurs de la CDU ont déserté le parti en masse pour le plus grand bonheur de l’AfD.

Malgré sa classification à l’extrême droite et sa nazification, les électeurs ont dit stop à la CDU. Ils ont dit stop à l’état dans lequel se trouve l’Allemagne, ne croient plus les médias, et le terme extrême droite a complètement perdu son poids moral. Cela posera un problème le jour où son utilisation sera nécessaire.

Il y a des causes spécifiques à l’Allemagne depuis la réunification et des causes qui traversent l’ensemble de l’Europe.

Economiquement, l’ex-RDA reste en retard par rapport à l’Allemagne de l’Ouest.

Par exemple, en dépit d’une forte progression du PIB par habitant des Länders de l’Est, leurs PIB actuels restent en deçà : PIB par habitant en Saxe-Anhalt : 36K€ vs 58K€ en Bavière.

Politiquement, les gouvernements de Kohl et Schroeder ont été cohérents. Soit une alliance de droite conservatrice entre la CDU/CSU et le FPD (libéraux), soit une alliance sociale-démocrate entre le SPD et les verts (Grunen).

C’est Angela Merkel qui a mis fin à cette cohérence électorale et au besoin d’alternance entre la gauche et la droite. Entre 2005 et 2021, elle a gouverné la plupart du temps avec le SPD, faisant ainsi des grandes coalitions. Comme en France, la droite a gouverné à gauche.

Malheureusement pour la CDU, le chancelier Merz a poursuivi cette logique en s’alliant au SPD.

Lorsque la majorité regroupe la droite et la gauche, la seule alternance possible se trouve sur les extrêmes soit de gauche, soit de droite.

Toute ressemblance avec la France n’est pas fortuite.

Ainsi, depuis 1998 et le gouvernement Schroeder, l’Allemagne a toujours connu un gouvernement avec le SPD soit majoritaire soit en coalition avec la CDU. Comme Merkel a dirigé les gouvernements entre 2005 et 2021, il est logique de mettre à son débit les mesures qui ont amené l’Allemagne dans l’état qu’elle connait actuellement. Elle en est co-responsable, car quand bien même certaines furent adoptées par Schroeder, elle ne les a pas reniés pendant son règne.

Le modèle allemand mercantiliste d’une industrie puissante, d’excédents commerciaux massifs, de chômage en baisse et de grandes entreprises industrielles (VW, Siemens, BASF…) capables d’exporter dans le monde entier a pris un coup massif assez récemment. 

Ce modèle était construit sur des piliers qui se sont avérés être fragiles : énergie abondante et bon marché, gaz russe peu cher, exportations en Chine, spécialisation dans les machines et l’automobile, tout cela grâce à une demande mondiale soutenue.

La première responsabilité est celle de Schroeder. En parallèle des réformes pour améliorer la compétitivité des entreprises, il a rendu l’Allemagne plus dépendante de la Russie et de la Chine en renforçant les liens énergétiques et économiques.

Merkel porte la plus grande responsabilité car elle a approfondi les vulnérabilités de l’Allemagne tout en profitant du boom économique grâce au modèle exportateur allemand. L’Allemagne a été dépendante du gaz russe, notamment avec Nord Stream 2, de son exposition commerciale accrue avec la Chine et la sortie du nucléaire et l’accroissement des énergies renouvelables ont été un choc pour les industries allemandes.

Pour résumer, la fin du nucléaire (30% électricité d’origine nucléaire), le développement massif des énergies renouvelables subventionnées à travers l’Energiewende (coût potentiel de 1000 milliards d’ici fin des années 2030) ont renchéri massivement les coûts de l’énergie dans un modèle qui dépend à 55% du gaz russe et à 35% de pétrole.

Ce modèle a explosé face à la réalité lorsque le gaz russe est devenu le problème majeur à la suite de la guerre en Ukraine.

Lorsque ce gaz a disparu après 2022, l’Allemagne s’est retrouvée avec certains des coûts énergétiques industriels les plus élevés au monde. Ce n’était pas un accident géopolitique, c’était le résultat direct et prévisible d’une politique énergétique de gauche qui privilégiait la pureté idéologique des verts à la survie industrielle. Le secteur chimique, colonne vertébrale de la fabrication allemande, est désormais structurellement non compétitif en raison d’un choc énergétique auto-infligé.

Dès lors, les industries lourdes allemandes ont été les premières impactées.

Fermetures d’usines, suppressions d’emplois, délocalisations.

L’industrie allemande se désengage par fuite des capitaux. Les entreprises délocalisent leur production hors d’Allemagne vers les États-Unis et l’Asie, où l’énergie est moins chère et la régulation plus légère.

Les fleurons sont touchés massivement : BASF dans la chimie, ThyssenKrupp dans l’acier, VW dans l’automobile pour ne citer qu’eux. De plus, l’automobile fait face à un concurrent de taille avec les voitures électriques chinoises. VW supprime récemment plus de 85000 emplois et ferme des usines.

La dépendance chinoise s’est avérée dangereuse. La Chine est passé de client à concurrent direct.

L’Allemagne connaît quatre années consécutives de stagnation ou de récession, 2022, 2023, 2024, et maintenant 2026 en passe d’être la cinquième. La production industrielle est en baisse de 15 % par rapport à son pic de 2017. C’est un pays dont l’identité d’après-guerre entière reposait sur la suprématie manufacturière, et il se désindustrialise sous nos yeux.

L’Allemagne comme la France d’après-guerre ont érigé des modèles d’Etat providence.

En 2015, Merkel a décidé de faire venir plus d’un million d’immigrés sans consulter les électeurs.  Elle aurait dû réfléchir sur les déclarations de Milton Friedman, qui faisait remarquer à juste titre qu’on ne peut pas avoir simultanément une immigration libre et un Etat providence.

Penser qu’une politique d’immigration massive serait sans conséquence relève de l’idiotie.

Lorsque la droite se fait gauche, autre idiotie, il n’y a plus d’alternance électorale. Les nouveaux partis deviennent l’alternance.

Immigration massive, désindustrialisation, inflation sont des thèmes importants pour les électeurs. Il ne faut donc pas être surpris du score élevé de l’AfD.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les résultats des prochaines élections dans les autres pays européens ne risquent guère de surprendre beaucoup de monde sauf des élites politico-médiatiques déconnectées de la réalité.

Donald Duck

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