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La France attend-elle encore un homme providentiel ?

Les chroniques de Patrick Pilcer

À chaque élection présidentielle, le même scénario se répète. Les années passent, les noms changent mais les attentes demeurent.

Hier, certains voyaient en Emmanuel Macron le recours tant attendu capable de dépasser les vieux clivages, tout comme certains espéraient tant en Nicolas Sarkozy, d’autres en François Mitterrand. Aujourd’hui, les regards se tournent tour à tour vers Édouard Philippe, Bruno Retailleau, François Hollande, Xavier Bertrand ou quelques autres.

À chaque grande élection, nous semblons chercher celui ou celle qui saura enfin remettre la France sur ses rails, l’homme providentiel. Comme si notre destin ne pouvait dépendre que d’une seule personne. Comme si une personne suffisait à réparer ce que plusieurs décennies ont progressivement fragilisé. Comme si l’important n’était pas le projet collectif et l’équipe galvanisée par son entraîneur autour d’une stratégie de jeu

Cette attente dit beaucoup de notre pays. Elle révèle moins notre fascination pour les personnalités que notre inquiétude devant l’affaiblissement de nos institutions et de notre République.

Une démocratie solide n’attend pas un sauveur.

Elle s’appuie sur des institutions fortes, des contre-pouvoirs respectés, une équipe soudée aux profils complémentaires, et des citoyens engagés. À l’inverse, lorsqu’un peuple commence à espérer qu’un homme ou une femme résoudra seul tous les problèmes, c’est souvent que la confiance dans la démocratie, dans la République, dans notre pays, s’est érodée.

L’Histoire regorge de ces périodes où les nations ont cherché un recours.

La France de 1940 et 1958 attendait de Gaulle. Les États-Unis de 1933 attendaient Roosevelt. Le Royaume-Uni de 1940 attendait Churchill. Israël de 1948 attendait Ben Gurion. Aucun de ces hommes n’est devenu grand parce qu’il se croyait providentiel, ou parce qu’ils demandaient à leurs citoyens de « croire ». Ils le sont devenus parce qu’un peuple avait décidé de les suivre, de faire et agir, dans un projet qui le dépassait.

Ces hommes furent immenses parce qu’ils surent répondre à des circonstances exceptionnelles. Mais ils ne furent jamais grands parce qu’ils étaient providentiels. Ils le furent parce qu’ils reconstruisirent des institutions, restaurèrent une confiance et redonnèrent une direction. Ils savaient donner le cap et orienter tout un pays.

L’homme providentiel est rarement celui que l’on « croit ». Il ne promet pas d’être indispensable. Il travaille précisément à ce que son pays ne dépende jamais d’un homme seul. C’est peut-être là toute la différence.

Notre époque semble pourtant fascinée par les figures tutélaires. Les réseaux sociaux amplifient les personnalités. Les chaînes d’information continue fabriquent des favoris. Les sondages désignent chaque semaine un nouveau recours. La politique devient un casting permanent. On monte tour à tour les uns ou les autres sur un piédestal pour mieux les faire chuter au moindre vent. Il suffit d’un costume non payé, d’un financement de campagne obscur ou d’une maîtresse qui ressort d’un placard alors que sur les estrades on vante les grands mérites de son épouse et ce qu’on lui doit, pour faire le pas entre le Capitole et la roche Tarpéienne…et avec les réseaux sociaux ce pas est encore plus petit.

Malheureusement, depuis trop longtemps, nous parlons davantage des candidats et pas assez du projet, des ambitions personnelles que des idées. Davantage des tempéraments que du destin collectif. La France n’a jamais manqué de talents. Elle manque depuis trop longtemps d’une direction commune et d’un récit partagé.

Nous cherchons celui qui saura rassembler. Mais avons-nous encore pris le temps de définir ce qui mérite d’être rassemblé ?

Nous voulons un chef. Avons-nous pour autant décidé du cap ?

Le véritable défi de 2027 ne sera probablement pas de découvrir un nouveau visage. Il sera de retrouver une ambition nationale. Une vision. Un récit. Une capacité à refaire Nation.

Car un Président ne gouverne jamais seul. Il ne répare pas une école sans les enseignants. Il ne guérit pas sans personnel soignant. Il ne redresse pas une économie sans les entrepreneurs. Il ne protège pas un pays sans ses forces de sécurité. Il ne réconcilie pas une Nation sans ses citoyens.

La République n’a jamais été l’œuvre d’un homme. Elle est toujours le fruit d’un peuple qui accepte de regarder dans la même direction. C’est peut-être là que réside notre véritable illusion, le mal actuel français. Nous continuons à chercher un homme providentiel alors que nous avons surtout besoin d’une République réconciliée.

Le prochain Président ne sera pas celui qui promettra de tout résoudre. Il sera celui qui saura convaincre les Français qu’ils peuvent, ensemble, redevenir les acteurs de leur propre destin.

Non pas parce que nous « croyons » en nous, ce serait un très mauvais slogan de campagne et une preuve d’un dogmatisme déplacé, d’un vocabulaire inapproprié dans une République Laïque, mais parce que nous sommes conscients que nous devons faire ce que nous devons, advienne que pourra. 

Nous n’avons pas besoin de credo, mais nous devons faire et agir. Quitte à prendre des devises pour une campagne, autant choisir « savoir pour prévoir, prévoir pour pouvoir », ou « Savoir Comprendre Agir ». Cela apporterait bien plus de sens que croire, benoîtement, en nous !

Les démocraties ne meurent pas faute de héros. Elles s’affaiblissent lorsque les citoyens ne sont plus conscients que leur avenir dépend surtout d’eux.

En 2027, la question ne sera peut-être pas : Qui sera notre homme providentiel ? La véritable question sera bien plus exigeante : Sommes-nous encore un peuple prêt à écrire ensemble son histoire, ou attendons-nous qu’un autre l’écrive à notre place ?

Une République ne doit jamais son salut à un homme seul, mais elle se relève lorsque chacun accepte de reprendre sa part de responsabilité dans une œuvre commune. Le véritable homme providentiel n’existe pas. En revanche, un peuple qui retrouve confiance en lui-même peut redevenir providentiel, éviter le mur et agir sur son propre destin. 

Patrick Pilcer

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