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Les perdants de la paix

La chronique de Patrick Pilcer

La guerre s’achève. Les négociateurs se félicitent. Les marchés respirent. Le cours du pétrole s’effondre enfin ; les actions remontent, les taux rebaissent. Les chancelleries parlent d’apaisement. Et pourtant.

Rarement un accord aura laissé autant de questions ouvertes.

Rarement une paix aura donné autant le sentiment d’une défaite collective.

Depuis le début du conflit, chacun poursuivait un objectif. Mais après des mois de guerre, personne n’a obtenu ce qu’il recherchait.

L’Iran n’est pas tombé. Les Gardiens de la Révolution sont toujours là. Le Hezbollah n’a pas disparu, il continue d’envoyer drones et missiles sur le nord d’Israël et prend toujours la population libanaise en otage. Les Houthis comme le Hamas restent une menace pesante. Israël demeure sous menace. Le peuple iranien n’est pas libre, les exécutions d’opposants se multiplient. L’Europe reste exposée. Les pays du Golfe aspiraient à une stabilité durable. Les États-Unis ont perdu une grande partie de leur crédibilité.

Et le risque nucléaire demeure pour nous tous.

Autrement dit, l’accord accepté par Trump est une paix sans victoire, une guerre sans solution, un accord sans règlement.

Aujourd’hui, qui peut sincèrement prétendre avoir atteint son but ?

L’obsession nucléaire du régime n’a pas disparu avec quelques signatures au bas d’un document. Pas davantage que son programme balistique. Or chacun sait désormais que les missiles iraniens ne menacent plus seulement le Moyen-Orient. Une partie de l’Europe entre aujourd’hui dans leur rayon d’action. Le détroit d’Ormuz reste une arme potentielle entre les mains de Téhéran. Le jour où les « Gardiens de la Révolution », un mouvement terroriste reconnu comme tel partout dans le monde, jugeront utile de refermer à nouveau ce robinet énergétique mondial, ils conserveront la capacité de le faire.

La menace a changé de forme mais elle n’a pas disparu.

Et que dire des promesses ? 

Donald Trump avait affirmé vouloir aider le peuple iranien à se libérer de ses oppresseurs. Le peuple iranien demeure sous la tutelle de ses oppresseurs. 

Donald Trump avait promis de permettre au Liban de retrouver sa souveraineté. Le Liban reste prisonnier de fragilités que chacun connaît.

Donald Trump avait assuré vouloir débarrasser Israël des épées de Damoclès qui menacent son existence. Ces épées sont toujours suspendues au-dessus de l’État hébreu. Simplement un peu plus émoussées. Mais pour combien de temps ? Personne ne le sait.

Voilà peut-être le véritable problème.

Cette guerre avait un sens si elle conduisait à résoudre les causes profondes du conflit. Elle avait un sens si elle permettait de réduire durablement la menace. Elle avait un sens si elle ouvrait enfin une perspective de liberté pour les peuples pris en otage par les idéologies de haine.

Or rien de cela n’est véritablement acquis.

Nous assistons à une étrange victoire où personne ne gagne. Une étrange paix où chacun demeure inquiet. Une étrange stabilité bâtie sur des incertitudes toujours plus nombreuses.

L’histoire nous enseigne pourtant une leçon simple. Les conflits gelés ne disparaissent jamais. Les protagonistes patientent. Ils se réarment. Ils se réorganisent. Puis ils reviennent encore plus forts au combat. Parfois plus violents encore.

Peut-être fallait-il arrêter les combats. Sans doute. Peut-être fallait-il les poursuivre. Les « Gardiens de la Révolution » avaient déjà les genoux à terre. 

Mais ne confondons pas la fin provisoire des hostilités avec la résolution du problème. Les missiles existent toujours. Les milices existent toujours. Les idéologies existent toujours. Les dictateurs existent toujours. Et les peuples qui aspirent à la liberté attendent toujours.

Au lendemain de cet accord, une vérité s’impose. Nous ne sommes pas en présence d’une paix. Nous sommes en présence d’une parenthèse. Et les parenthèses de l’Histoire ont souvent la fâcheuse habitude de se refermer brutalement.

Derrière les sourires diplomatiques et les communiqués victorieux, une question demeure : si personne n’a obtenu ce qu’il voulait, alors à quoi auront servi ces mois de guerre ?

Pour l’instant, la seule réponse honnête est peut-être la plus triste :

Nous sommes tous les perdants de cette paix.

Patrick Pilcer

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