Nous voici déjà en mai, les oiseaux gazouillent et l’air printanier pourrait nous rendre guillerets si l’on pouvait faire le plein d’essence sans pleurer.
C’est un printemps presque comme tous les autres avec pourtant comme une impression de vide, voire de manque. Oui, ce mois de mai 2026 est étrange, comme si parmi les bruits si familiers, l’un d’eux s’était évanoui, avait disparu. Ce petit bruissement saisonnier, qui enfle à mesure que la température monte et que les nostalgies se réveillent, qui devient clapotis, puis clameur et enfin vacarme. Mais oui, ça y est, c’est ça, c’est le tintamarre de la commémoration rituelle de mai 68 !
Ce mois de mai est vide du tapage habituel de la fiesta des soixante-huitards qui nous rappellent à chaque fois qu’avant eux il n’y avait rien et qu’après eux il n’y aura plus rien !
Ceux qui, désormais, nous interdisent de leur interdire d’interdire, qui ont fourgué le poids des pavés à leurs enfants et petit-enfants pour s’allonger sur la plage du plein-emploi, du crédit remboursé par l’inflation et de la retraite sous les cocotiers, semblent avoir oublié leur anniversaire. On ne les entend pas.
Pourtant, ce silence printanier inattendu ne saurait s’expliquer par le seul fait qu’ils fréquentent de plus en plus les EHPAD et les cimetières, non, les soixante-huitards-toujours-jeunes sont encore légion. Ceux qui préféraient mourir plutôt que d’être vieux sont quand même devenus vieux, mais pas au point de le reconnaître. D’ailleurs, si le déchaussement de leur dentier et le grincement de leur prothèse de hanche ont fini par calmer leurs ardeurs révolutionnaires, cela ne les empêche pas de voter Macron, c’est dire s’ils sont restés jeunes !
Mes biens chers frères, mes très chères sœurs, profitons de ce silence bienvenu en ces temps de fureur, mais gardons-nous de nous réjouir trop vite. Les vestiges révolutionnaires n’ont pas encore pris conscience qu’ils sont eux aussi mortels et, avec un peu de chance, biodégradables. Entre deux thé-matcha dansants, cette génération bénie des dieux alcooliques a déjà calé ses baskets à scratch dans les starting-blocks pour 2028, année jubilaire à défaut d’être érotique.
O.T.