À White House Correspondents’ Dinner, on vient en smoking, on rit et on prétend aimer la presse. Cette année, avec Donald Trump, on a surtout appris qu’on pouvait aussi y pratiquer le sprint tactique sous table nappée de blanc, entre deux coupes de champagne.
La scène est parfaite. Lustres, journalistes amidonnés, et ego sous contrôle. Melania Trump impassible, Karoline Leavitt rayonnante, et quelque part, un magicien prêt à faire disparaître un foulard, une piètre performance comparée à celle du Secret Service, quelques secondes plus tard, qui va faire disparaître tout un président.
Et soudain, comme toujours avec Trump, la réalité s’incline devant le spectacle. Détonations. Cris. Plongeon collectif sous les tables. Des journalistes qui, pour une fois, ne cherchent plus une source mais une sortie. Le dîner devient un exercice grandeur nature, « Breaking News, édition rampante ».
Trump ne sursaute presque pas. Il a cette capacité rare de transformer un incident en argument marketing avant même que la police ait fini de boucler le périmètre., il est évacué ? Peut-être. Mais déjà en train de préparer la punchline.
Une heure plus tard, le voilà qui réapparaît, comme un prestidigitateur revenu de sa propre disparition. Costume intact, récit prêt, ego en poche, qui déclare que le suspect n’est qu’un vulgaire « loup solitaire cinglé ».
Car Trump ne raconte jamais un événement. Il l’absorbe, il le digère, puis le recrache à sa taille.
Et forcément, il nous rappelle les tentatives d’assassinat précédentes, la destinée des grands hommes, et cette phrase qui flotte entre bravade et auto-canonisation : « seuls ceux qui comptent vraiment deviennent des cibles », un sous-entendu à peine voilé; Lincoln, et lui, Donald, même combat, à un détail près, l’un a sauvé l’Union, l’autre sauve ses audiences.
Au passage, il glisse son projet immobilier. Une salle de bal à la Maison-Blanche. Évidemment. Si l’Histoire vous tire dessus, autant répondre avec du marbre et des dorures. Chez Trump, même les balles finissent en permis de construire.
Le plus fascinant reste ce calme étrange. Quelque chose de plus… fonctionnel. Comme si chaque crise était un décor de plus dans une série dont il est à la fois le héros, le producteur et le seul spectateur satisfait.
Les journalistes, repartent bredouilles. Pas de discours, pas de vannes présidentielles, juste une fusillade en guise de divertissement. On avait promis de l’irrévérence, on a eu du réalisme armé.
Quant à Trump, il conclut comme toujours que « The show must go on. »
Et c’est sans doute là le cœur du problème. Ou du génie.
Avec lui, même une tentative d’assassinat ressemble à un épisode pilote.
Silvia Oussadon Chamszadeh