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Un statu quo intenable

Machiavel disait : « Les prophètes désarmés finissent toujours mal et ne viennent à bout de rien »

Les détroits d’Ormuz et de Bab-El-Mandeb, ces deux verrous du commerce mondial en première ligne des tensions au Moyen-Orient, sont les « goulots d’étranglement » qui pourraient bloquer le commerce mondial.

Détroit d’Ormuz, porte d’entrée du Golfe

Le détroit d’Ormuz, qui relie le Golfe au golfe d’Oman, est situé entre l’Iran et le sultanat d’Oman. Il est particulièrement vulnérable en raison de sa faible largeur — environ 50 kilomètres — et de sa profondeur, qui n’excède pas 60 mètres.

Il est parsemé d’îles désertiques ou peu habitées, mais d’une grande importance stratégique : les îles iraniennes d’Ormuz, Qeshm et Larak, face à Bandar Abbas. La rive omanaise, la péninsule du Musandam, forme un index pointant vers l’Iran, séparé du reste du sultanat par des terres appartenant aux Émirats.

Au large des Émirats, les trois « îles stratégiques » — Grande Tomb, Petite Tomb et Abou Moussa — constituent un poste d’observation sur les côtes du Golfe : Émirats, Qatar, Bahreïn, Arabie saoudite, Koweït, Irak, Iran et Oman. Elles sont occupées par l’Iran depuis 1971, après le départ des forces britanniques.

Le détroit d’Ormuz est de loin la principale voie maritime reliant les pays pétroliers du Moyen-Orient aux marchés asiatiques, européens et nord-américains. En 2022, environ 21 millions de barils de pétrole y transitaient chaque jour, soit près de 20 % de la consommation mondiale.

Une perturbation, même temporaire, peut faire grimper les prix de l’énergie. Seuls l’Arabie saoudite et les Émirats disposent d’oléoducs permettant de contourner ce passage.

En août 2023, les États-Unis ont déployé plus de 3 000 soldats en mer Rouge pour dissuader l’Iran de saisir des pétroliers. L’armée américaine affirme que l’Iran a tenté de s’emparer d’une vingtaine de navires en deux ans.

Bab-El-Mandeb, verrou de la mer Rouge

Le Bab-El-Mandeb, dont le nom signifie « la porte des larmes », relie la mer Rouge au golfe d’Aden. Il sépare le Yémen de l’Afrique.

Long d’environ 100 kilomètres et large d’une trentaine, c’est l’un des passages maritimes les plus fréquentés au monde. Il constitue un axe majeur entre l’Europe et l’Asie via le canal de Suez.

Chaque année, environ 20 000 navires empruntent cette route. Selon la Chambre internationale de la marine marchande, 12 % du commerce mondial transite par la mer Rouge.

Les flux énergétiques y sont considérables :

  • 12 % du pétrole transporté par voie maritime
  • 8 % du commerce mondial de GNL

Deux verrous au cœur des tensions

Ormuz et Bab-El-Mandeb représentent à eux seuls plus d’un tiers du fret pétrolier mondial.

Ils sont aujourd’hui directement exposés aux tensions géopolitiques. L’Iran menace régulièrement de fermer Ormuz, tandis que les Houthis, soutenus par Téhéran, multiplient les attaques en mer Rouge.

Des dizaines d’attaques ont visé des navires marchands, notamment dans le cadre du conflit entre le Hamas et Israël. Un événement marquant : la capture du porte-conteneurs MSC Aries par les forces iraniennes.

Le détroit d’Ormuz s’impose ainsi comme un point stratégique majeur. Sa paralysie fragilise directement l’approvisionnement mondial en pétrole.

Une bataille d’influence mondiale

Face à ces enjeux, les oléoducs saoudiens et émiratis deviennent essentiels.

La Chine, deuxième puissance mondiale, s’intéresse également à la zone. Depuis 2014, elle dispose d’un accès au port de Djibouti. Cette présence inquiète les États-Unis, qui y voient une remise en cause de leur influence.

Un basculement stratégique

La situation actuelle ressemble à un « zéro day » pour les États-Unis : une vulnérabilité brutale, imprévue.

Donald Trump évoque désormais des bombardements massifs contre l’Iran, allant jusqu’à parler d’un « retour à l’âge de pierre ». Ce ne sont plus seulement les dirigeants iraniens qui sont visés, mais le pays lui-même et ses infrastructures.

Le piège des détroits

L’histoire rappelle pourtant la difficulté de telles opérations. Churchill en a fait l’expérience :

  • Dardanelles en 1915
  • Norvège en 1940
  • Dieppe en 1942

Trois échecs coûteux.

Trump, lui, n’a ni planification claire, ni préparation suffisante. Le détroit d’Ormuz pourrait devenir un piège mortel pour une intervention militaire mal anticipée.

Un monde sous tension

Les détroits d’Ormuz et de Bab-El-Mandeb maintiennent aujourd’hui les États du Golfe — et une partie du monde — sous pression constante.

Dans Idées reçues sur l’Iran, Clément Therme écrit :

« En tirant sur les pays arabes, en lançant des missiles sur des bases militaires situées dans des pays souverains, après avoir massacré sa population, la République islamique a commis un suicide politique. Désormais, le statu quo est devenu intenable. »

Gérard Cardonne
Reporter Sans Frontières

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