Le Figaro du 11 mars dernier a publié un article sur le travail de deux chercheuses américaines qui ont observé pendant huit mois le comportement de 200 salariés d’une entreprise technologique par rapport à l’utilisation de l’intelligence artificielle.
Il en ressort que les effets attendus du recours à l’IA sont loin d’être aussi bénéfiques qu’espéré. A travers l’observation de séances de travail, de réunions, d’échanges entre collègues, des travaux en équipe, au cours desquels le recours à l’IA était possible mais pas obligatoire, il est apparu que les personnes observées réinvestissaient le temps libéré pour réaliser des tâches qui incombaient auparavant à d’autres ou à des entités externes. En réalité, l’intelligence artificielle a élargi leur périmètre d’action, avec des conséquences en chaine inattendues ; par exemple, les développeurs et les ingénieurs ont ainsi commencé à relire et à corriger leurs collègues qui s’appuyaient sur l’IA pour programmer.
Il semblerait également que l’intelligence artificielle brouillerait les frontières avec le repos, car comme la formulation de requêtes paraît moins difficile que le travail en lui-même, les salariés ont tendance à empiéter sur leurs pauses pour le faire. Il leur arrive même de lancer une « dernière petite requête » avant de partir afin que la machine puisse avancer en leur absence.
l’IA favoriserait également le multitâche, car ses utilisateurs la gèrent souvent en parallèle de leurs autres missions, ce qui contribue finalement à détourner leur attention, avec pour conséquence l’impression de «jongler en permanence».
L’étude conclut que l’IA peut constituer une aubaine pour les employeurs car elle engendre un gain de productivité à court terme, mais qui peut mal tourner à la longue. En effet, les salariés cumulent alors «la fatigue, l’épuisement professionnel et le sentiment croissant qu’il est de plus en plus difficile de se déconnecter du travail, d’autant plus que les exigences organisationnelles en matière de rapidité et de réactivité augmentent », aboutissant alors à du surmenage, du turn-over excessif et autres problèmes.
Il va de soi que face à ces risques les auteurs préconisent de séquencer et prioriser pour laisser des plages de concertation et de préserver les interactions humaines, qui offrent davantage de recul. Autant de recommandations valables en temps normal et qui deviennent essentielles avec la montée de l’IA.
On peut compléter le tableau en pointant le risque que les incompétents – qu’ils soient managers ou non – pensent désormais avoir les réponses à tout et posséder un savoir dans des domaines où ils n’ont aucune expertise, les conduisant à remettre en cause les vrais experts.
En tout cas, c’est pas au Torchis que ça arriverait…
O.T.