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La gent marécageuse

Strasbourg n’échappe pas aux dynamiques qui gouvernent la politique locale depuis des décennies.
La ville se déploie dans un marais où la gent marécageuse a établi son habitat. La Fontaine l’avait décrite avec une précision , qui aujourd’hui n’a rien perdu de sa force, comme une société composée d’êtres sans colonne vertébrale, immergés dans la vase des arrangements, des reniements et des alliances d’eau trouble, comme des êtres qui ne cherchent ni à inventer ni à transformer, mais à observer, à disparaître et à réapparaître au moment où les conditions leur deviennent favorables.
La comparaison aux grenouilles immobiles et attentives est toujours la même. Selon Lafontaine, ces êtres marécageux se confondent avec le terrain, ils s’y adaptent, prospèrent et attendent le moment d’ exploiter la moindre faille.

Les municipales de mars 2026 ont montré l’efficacité de cette méthode. Catherine Trautmann a remporté la mairie en s’insérant dans un réseau immobile où les alliances d’hier se sont effacées pour devenir les complicités d’aujourd’hui. Les oppositions ont été neutralisées, les soutiens recomposés, et les programmes ré coloriés pour refléter la couleur du moment.
Dans cette cette course au pouvoir, les convictions se dissolvent dans un “pragmatisme” qui masque la réalité et brouille la responsabilité. Le consensus cesse d’être une orientation politique et devient un outil pour protéger ceux qui flottent dans la vase.

Ainsi, la ville apparaît comme un espace où la politique ne produit ni audace ni initiative, mais où elle se maintient grâce à la capacité de ses acteurs à se fondre dans le milieu et à tirer parti de la moindre opportunité.
La victoire de Catherine Trautmann ne traduit pas une adhésion populaire mais l’aboutissement d’un fonctionnement propre au marécage, où la patience, la discrétion et la flexibilité remplacent la force et la clarté et l’honneur.

Strasbourg offre un exemple de cette permanence silencieuse où le pouvoir se conserve par ceux qui savent disparaître et renaître selon les circonstances.
La gent marécageuse y régit, fidèle à l’image que lui a laissée La Fontaine, une politique invisible mais durable.

Le marais strasbourgeois illustre une leçon que la ville semble avoir apprise depuis longtemps. Là où l’eau trouble sert de refuge, ceux qui survivent ne sont pas ceux qui parlent le plus fort ou qui promettent le plus, mais ceux qui savent attendre, observer et se fondre dans le mouvement général.

Strasbourg reste le théâtre d’une politique de survie, où le talent et la vision sont souvent effacés par la capacité à se mouvoir dans la vase, et où tous les principes disparaissent dans l’ombre des alliances et des réseaux.
Hélas, la gent marécageuse n’y est pas seulement présente, elle y règne.

Silvia Oussadon Chamszadeh

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