Encore une expression qui pourrait s’apparenter au tube Thriller de Michael Jackson.
Cette expression, qui ressort encore dans les « souvenirs du 3ᵉ âge » de la campagne municipale, devrait normalement évoquer une figure au-dessus de la mêlée, une personnalité indépendante, capable de s’affranchir des appareils et de parler au nom d’une vision.
Mais lorsque l’on regarde les faits, la légende est réduite, selon les termes de Lionel Jospin, à une « erreur de casting ».
C’est bien cela, Catherine Trautmann : une erreur de casting.
Elle n’a jamais été une figure hors parti. Elle est depuis toujours une élue socialiste classique, formée dans l’appareil du Parti socialiste, financée par lui, portée par lui et politiquement alignée sur lui.
Une apparatchik, au sens strict du terme : quelqu’un dont la carrière et la parole s’inscrivent dans la discipline d’un parti.
Aujourd’hui encore, malgré ses tentatives d’autorité ou de hauteur morale, elle reste profondément inscrite dans cette mécanique.
Dans un parti dirigé par Olivier Faure, la ligne politique ne se définit pas seule dans un bureau strasbourgeois : elle se fixe à Paris, dans les équilibres internes de la gauche française.
Ceux qui prétendent le contraire se racontent une fable.
Le problème n’est d’ailleurs pas seulement partisan.
Il est aussi politique.
Lorsque la gauche française s’est rapprochée de La France insoumise, lorsque les manifestations communes se sont multipliées, lorsque certaines ambiguïtés se sont installées sur des questions internationales sensibles, on n’a guère entendu de rupture claire de la part de l’ancienne « Grande Catherine ».
Le silence vaut toujours approbation.
C’est la même chose dans la vie municipale strasbourgeoise.
Lors du vote controversé sur le jumelage avec une organisation palestinienne accusée de proximité avec le Hamas, l’abstention de Catherine Trautmann n’a pas été un geste neutre.
En politique, s’abstenir sur un sujet grave revient souvent à éviter de trancher, donc à éviter de contrarier son propre camp.
Et voilà que, soudain, cette même élue s’exprime sur les grandes questions internationales — notamment l’Iran — avec des accents d’autorité.
Mais lorsqu’on écoute attentivement ces discours, on retrouve mot pour mot la rhétorique désormais classique de la gauche française : les condamnations symétriques, les refus de nommer clairement les responsabilités, la couardise habituelle.
Un langage qui ressemble moins à une vision qu’à un communiqué de parti.
La fameuse « Grande Catherine » apparaît alors sous un jour beaucoup plus prosaïque.
Zut alors !
Elle n’est pas la figure indépendante qu’elle voudrait nous faire croire, mais une élue fidèle à la ligne de son appareil.
Il y a une ironie politique dans la situation strasbourgeoise.
Remplacer une gauche militante par une gauche d’appareil, chasser une gauchiste pour installer une gauchiste plus classique encore relève d’une étrange comédie politique.
Le décor change.
Le logiciel reste le même.
Mais au fond, il ne faut peut-être pas s’en étonner.
Les démocraties produisent rarement des surprises durables.
Elles reflètent simplement les choix de leurs électeurs.
Et, comme on dit souvent en politique :
les peuples finissent toujours par avoir les gouvernants qu’ils méritent…
Le changement aujourd’hui, c’est Vetter.
Il ne faut pas perdre de vue que Catherine Trautmann n’aura pas le choix : elle devra se soumettre aux ordres de l’appareil auquel elle est scotchée.
Chanoine