Un cap a été franchi, dit-on, avec l’assassinat en bande organisée, d’un malheureux jeune homme de 23 ans, coupable de ses opinions, coupable de son identité, coupable de n’être pas du bon côté. Un cap. Comme si là, pour le coup, devant l’abomination d’un crime comme celui-là, les consciences allaient se réveiller, mettre fin au déni et admettre la réalité et ses douloureuses évidences.
Seulement voyez-vous, des caps, ça fait longtemps qu’on en a franchi. Longtemps que les listes d’innocents massacrés se sont allongées, longtemps que les constats sont restés ce qu’ils sont, d’inoffensives paroles posées avec candeur sur des actes dramatiques. Or la répétition des faits, si l’on prend un peu de hauteur, a-t-elle jamais bousculé les postures politiques, ou le narratif passionnément fantasmé du monde médiatique ? Même la dimension politique de cet assassinat, pour autant qu’elle sème le trouble et peut-être la panique dans les rangs d’une gauche en plein naufrage, ne provoquera-t-elle pas dans l’opinion qu’une onde de choc de courte durée ?
Les caps franchis dans l’histoire récente de notre pays n’ont-ils pas toujours abouti aux mêmes conclusions ? Même si la violence émane presque toujours de la gauche radicale et de ses alliés, les consignes électorales n’obéissent-elles pas systématiquement à la même mécanique, alimentée par la peur, la lâcheté, et plus que tout le refus obsessionnel d’un « extrême » plus que d’un autre ?
Soyons honnêtes, que le pays soit en sang, en feu et en ruines ne sera jamais pire scénario que la photo de classe du RN souriant sur le perron de l’Elysée. On peut tout accepter, tout endurer, y compris de finir en deux morceaux sous les machettes des barbus ou les barres de fer des Antifas, le spectre du RN et du fantasme brun auquel, faute de mieux, on fait semblant de croire, demeure le cauchemar des cauchemars.
Si seulement, et sans cynisme aucun, avec tout le respect dû à la mémoire de ce jeune homme assassiné, notre réveil collectif pouvait résulter de cette tragédie, alors sa mort aura été un cap, le premier, dans la lutte désormais existentielle que la France doit gagner.
Nestor Tosca