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Le mois de vœux

Souhaiter le meilleur n’a de valeur que si l’on regarde lucidement ce qui a été réellement fait.

Janvier est le mois des vœux. On les formule jusqu’à la fin du mois, comme si ce délai permettait de mesurer l’écart entre ce qui a été promis et ce qui a été accompli. Souhaiter le meilleur n’a de valeur que si l’on regarde lucidement ce qui a été réellement fait.

Cette année, les vœux s’adressent à ceux qui ont exercé le pouvoir avec la confiance du peuple et l’ont trahie. Ils s’adressent à ceux à qui nous avons remis les clés de la République, convaincus qu’ils défendraient l’intérêt général et préserveraient la cohésion du pays. 

Ils ont promis la paix, la prospérité et une vie meilleure, mais ils ont produit l’inverse. 

Le macronisme avait été présenté comme un dépassement des clivages, il a surtout engendré un pouvoir vertical, instable et solitaire. La réforme des retraites annoncée comme une grande transformation intérieure, a été imposée contre la majorité, sans consensus ni adhésion sociale. La succession rapide de Premiers ministres a révélé l’absence de cap politique et l’usure du système. La tricherie des législatives de 2022 a été marquée par des manœuvres destinées à consolider le pouvoir au détriment de la clarté démocratique. 

Promettre une chose en campagne et faire son contraire une fois élu, est devenu une méthode de gouvernement.

La gauche porte une responsabilité plus lourde encore. Elle n’a pas seulement échoué à gouverner : elle a détruit les repères qui rendaient la République intelligible. En laissant les identités religieuses, culturelles et sociales structurer l’action politique et en renonçant à ses principes, elle a installé une division entre groupes et communautés au lieu de veiller à rassembler tous les citoyens.

Aujourd’hui, pour se dédouaner de ses renoncements, le Parti socialiste prétend incarner une « gauche morale » ou « modérée », la bonne blague ! Ce n’est qu’une énième imposture qui masque mal son entre-soi, sa logique de domination et sa quête de pouvoir. Les « deux gauches” ne se combattent pas, elles s’élisent entre elles et partagent un point commun : L’échec. 

Les Français ne peuvent plus lui accorder leur confiance. Qu’elle soit morale ou modérée, elle a gouverné pour durer, en manipulant l’électorat à coups de grands récits abstraits, sans produire de résultats. L’une parle au nom de « l’humanité », l’autre au nom de « l’histoire ». Aucune ne s’adresse réellement aux citoyens à leur épuisement, à leurs inquiétudes, à leur besoin de stabilité.

Quand leurs politiques échouent, la responsabilité est rejetée sur la droite, les médias, les institutions internationales, les adversaires politiques ou le peuple supposé insuffisamment éclairé, ignorant voire illettré, selon certaines déclarations d’Emmanuel Macron. 

Ces soi-disant « deux gauches » ne s’opposent pas sur des idéologies nobles, des projets ou des visions à longs termes, elles s’affrontent essentiellement dans des guerres de chapelles, s’alliant ou se séparant au gré de leurs intérêts afin de préserver leurs fauteuils. 

Le pays s’affaiblit, l’autorité recule et la société se délite, mais elles persistent à déconstruire plus qu’elles n’ont bâti, tout en exigeant encore qu’on leur fasse confiance.

Dans cette mécanique, le peuple ne peut plus être présenté comme une simple victime. Les échecs de la gauche ont été visibles, documentés, répétés. Les promesses non tenues n’ont plus rien d’accidentel. Pourtant, les mêmes choix ont été reconduits par le vote, par l’abstention ou par une indifférence revendiquée. Ce qui aurait pu relever de l’illusion relève désormais de l’acceptation et de la soumission des français. Au lieu de faire face aux exigences des réalités, une grande partie du corps électoral a laissé la politique se transformer en spectacle de voyous. La confusion entre la morale et la responsabilité civique a permis la reproduction des mêmes impasses. Attendre des résultats différents à partir des mêmes décisions n’est plus une naïveté : c’est un refus d’assumer les conséquences de ses choix. En l’absence de sanction durable, en tolérant les mensonges au nom de la peur de l’alternative, en se réfugiant dans l’abstention, les citoyens ont largement contribué à leur propre dépossession politique.

Une démocratie ne se délite pas uniquement par la trahison de ses dirigeants. Elle s’affaisse lorsque ceux qui délèguent le pouvoir cessent d’exercer leur jugement, renoncent à comparer, à trancher, à exiger. C’est ainsi que la passivité du peuple devient une faute civique.  

Depuis déjà quelques décennies, la gauche entretient une tension permanente parce qu’elle est électoralement rentable. Elle négocie la laïcité. Elle réduit la République à une juxtaposition de groupes qu’elle instrumentalise. Elle conduit à banaliser la violence et à relativiser la haine. Ses dérives idéologiques se prolongent, se développent, se propagent, comme un venin qui contamine la République. Hannah Arendt disait : « lorsque l’idéologie justifie la violence, la démocratie est en danger ».

Les municipales offrent un révélateur de ces pratiques. On observe des alliances opportunistes, des tractations discrètes, des calculs de réseaux. L’intérêt des citoyens passe après la nécessité électorale. Jean Jaurès écrivait que le courage politique consiste à chercher la vérité et à la dire, et Albert Camus rappelait que mal nommer les choses ajoute au malheur du monde. 

La gauche a rompu le lien démocratique fondamental qui la reliait aux électeurs. Elle ne cherche plus à convaincre, encore moins à rassembler, mais à manipuler. Les citoyens ne sont plus considérés comme des acteurs libres, mais comme des idiots utiles à exploiter.

Malgré ce constat d’échec,  malgré les trahisons, les divisions et les mensonges, il est encore possible d’adresser des vœux à la France. À cette République malmenée par ses élites, affaiblie par leurs fourberies.

Que la France retrouve ses lumières, comme Hugo les espérait, et sa douceur, comme Baudelaire la chantait. Que ses villes et ses campagnes renouent avec l’apaisement, que la confiance revienne, que sa culture continue d’éclairer le monde.

Ces vœux de début d’année ne sont pas des formules. Ils expriment une exigence : que la République retrouve sa cohésion, sa clarté et sa dignité, et que chaque citoyen puisse encore croire qu’elle est capable de renaissance.

Silvia Oussadon Chamszadeh

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