Rechercher
Fermer ce champ de recherche.

Bardot, la polémique et le refus de l’humain

La polémique autour de Brigitte Bardot repose sur une erreur simple mais devenue courante : on exige d’un être humain qu’il soit moralement irréprochable pour avoir le droit d’exister dans l’histoire. À partir de là, tout devient confus.

Brigitte Bardot n’est pas une abstraction. Elle n’est ni un slogan, ni un totem, ni un concept idéologique. Elle etait une femme née en 1934, devenue à vingt ans l’un des visages les plus célèbres du monde, symbole d’une liberté féminine alors inédite. Elle a bouleversé le cinéma, les mœurs, le rapport au corps, au désir, à l’indépendance. Cela est un fait historique.

Elle etait aussi une femme fragile, traversée par la violence de la célébrité, marquée par la solitude, la dépression, les excès, et des prises de position parfois brutales, parfois indéfendables. Cela aussi est un fait.

Le débat actuel refuse cette réalité simple : une vie humaine n’est jamais homogène. Elle est faite de failles, de contradictions, d’élans justes et d’erreurs, de courage et d’aveuglement. Vouloir trancher Bardot en deux, garder l’icône, jeter la femme, ou inversement est une falsification.

Notre époque fonctionne à l’inverse de toute intelligence historique. Elle ne cherche plus à comprendre un parcours, mais à isoler les fautes, une phrase, un dérapage, une position suffisent à disqualifier l’ensemble. Ce n’est pas une logique de pensée, c’est une logique de tribunal.

Or personne ne vit ainsi. Aucun être humain ne traverse une existence longue sans zones d’ombre. Exiger une pureté morale totale, surtout rétrospective, revient à nier la condition humaine elle-même. Cette exigence est d’autant plus hypocrite qu’elle est formulée par des sociétés qui tolèrent très bien leurs propres lâchetés collectives.

Dire que les failles rendent plus humain ne signifie pas qu’elles doivent être excusées ou applaudies. Cela signifie qu’elles doivent être situées, comprises, nommées, sans pour autant effacer tout le reste. On peut condamner des propos sans réécrire l’histoire du cinéma français. On peut critiquer une femme sans nier ce qu’elle a apporté à son époque.

Ce que Bardot dérange encore aujourd’hui, ce n’est pas seulement ce qu’elle dit. C’est ce qu’elle a été : une figure indocile, qui n’a jamais appris le langage de la repentance imposée, ni celui des excuses. Elle ne correspond pas au modèle contemporain de la faute suivie de l’auto-flagellation publique. Et cela, notre époque ne le supporte pas.

En réalité, cette polémique ne dit pas grand-chose de Bardot. Elle dit beaucoup de notre incapacité croissante à accepter l’imperfection humaine. À force de vouloir des figures irréprochables, nous fabriquons une morale inhumaine, qui ne comprend plus ni les œuvres, ni les vies, ni le temps.

Une société adulte sait tenir ensemble deux vérités :

La grandeur n’efface pas les fautes, et les fautes n’effacent pas la grandeur.

Le reste n’est que simplification morale et malhonnêteté intellectuelle.

Silvia Oussadon Chamszadeh

Partager cet article :

Facebook
Twitter
LinkedIn