On ne produit plus de western depuis une trentaine d’années. Ses grandes réussites ne sont plus à l’affiche des salles et on peut comprendre le désintérêt et l’inculture des générations post 1970.
Le Western est un film dont les évènements se déroulent à l’Ouest, du Canada au nord du Mexique durant la seconde moitié du XIXème siècle. Il peut être film d’action, comédie, drame ou mélodrame, tragédie, historique. Néanmoins son substrat reste les rapports humains dans le contexte d’un monde nouveau sans règles ni morale.
Souvent méprisé par une certaine élite intellectuelle, adulé par d’autres, le genre représente plus de 25 % de la production américaine jusqu’à son déclin dû aux programmations télé et surtout à l’avènement des westerns spaghetti. Seules les années 30 accusent une importante chute de production : le crash boursier de 1929, une perte de 200 millions de dollars des investisseurs, en particulier les banques Morgan et Rockefeller, et la naissance du film parlant. Cette nouveauté conduit les producteurs à se tourner vers le théâtre, la comédie, la musique populaire et l’opérette, bref à tout ce qui privilégie le son.
Le western renaît en 1939. Les films en couleurs (abandonnés après Le Roi du Jazz,1930) magnifient les paysages de l’Ouest. Une nouvelle génération de réalisateurs jettent un regard différent sur l’épopée du Far West : Les Indiens ne sont plus des sauvages mais un peuple opprimé et massacré par les Blancs – Les pionniers n’apportent pas la civilisation mais le racisme, la violence et les maladies – les Nordistes occupent le Sud pour s’accaparer de ses richesses – La cavalerie, qui vient toujours à temps, est commandée par des incompétents – Le héros n’est plus un homme parfait comme Tintin – Le bandit devient sympathique. En résumé, Hollywood, politiquement à gauche, dénonce le chauvinisme et le nationalisme des premiers films sur le sujet.
La production des séries B, de 1920 jusqu’en 1950, nuit à la réputation des westerns. Réalisés à la chaîne, à peu de frais et en moins d’une semaine, ces moyens métrages de moins d’une heure sont de médiocre qualité. Les télévisions les utilisent avec excès donnant ainsi une piètre image du genre. Selon le grand Von Stroheim : « Hollywood est devenu une gigantesque machine à fabriquer les saucisses.»
La période glorieuse du western se situe entre 1950 et le milieu des années 60. Hollywood fait appel aux plus grands, du réalisateur : Budd Boetticher, Edward Dmytryk, John Ford, Fritz Lang, Rudolf Maté, Otto Preminger, Douglas Sirk…, au directeur de la photo en passant par le scénariste, le monteur. Longtemps négligé, le genre est mis à l’honneur et les meilleurs scénaristes travaillent récit et dialogues.
Les budgets sont importants et permettent de choisir les plus beaux décors naturels. Un soin est apporté au moindre détail, que ce soit la musique, les costumes ou les accessoires. Le technicolor et le cinémascope subliment la nature. Les acteurs ne sont pas en reste : Gary Cooper, Errol Flynn, Glenn Ford, Kirk Douglas, Sterling Hayden, Alan Ladd, Gregory Peck, Robert Ryan, Robert Taylor, Randolph Scott, James Stewart, John Wayne, Richard Widmark… et, comme il y a toujours une femme glamour : Ava Gardner, Jane Mansfield, Marilyn Monroe, Lizabeth Scott, Barbara Stanwyck, Shelly Winters… La liste est bien incomplète et il faudrait plusieurs pages pour ne citer que les grands noms qui, à un moment ou un autre de leurs carrières, ont participé au western des années 50.
De nombreux éléments du Film Noir se trouvent dans le western : la psychologie et le mal de vivre de l’homme solitaire dans une société qui le rejette et dans laquelle il ne peut s’intégrer. Le western reste néanmoins manichéen.
Hollywood tourne de moins en moins de western à partir du milieu des années 60 et peu de films sortent du lot. Le succès commercial de « Et pour quelques dollars de dollars de plus » 1964, incite le cinéma italien à poursuivre ses parodies souvent ridicules. Il révèle Clint Eastwood, acteur confiné jusqu’alors aux séries télévisées, qui deviendra un grand réalisateur. Malgré tout le respect que je porte à Eastwood croisé peu avant le tournage de Bird, une biographie de Charlie Parker, il n’est pas plus John Wayne que Sergio Leone, John Ford. Le western italien, très caricatural, reste un film de divertissement.
Le western moderne ne retrouve pas le charme d’antan. Dead Man 1995 avec Johnny Depp et un Robert Mitchum vieillissant, est l’exemple même d’un film intellectuel particulièrement ennuyeux. Néanmoins quelques films des dernières années du genre renouent avec la tradition, entre autres ceux réalisés par Clint Eastwood ou Mort ou Vif, 1995 avec Sharon Stone.
Il faut redécouvrir les chefs-d’œuvre oubliés de ce folklore typiquement américain par une lecture au second degré. Ils sont aujourd’hui disponibles en DVD ou Blu-ray à des prix modiques.
Quelques très grands films : La Chevauchée Fantastique John Ford 1939 avec John Wayne, un grand classique – L’Ange des Maudits, Fritz Lang 1952 avec Marlène Dietrich, le thème de la vengeance – Règlement de comptes à OK Coral, John Sturges 1957 avec Burt Lancaster, Kirk Douglas, une homosexualité qui s’ignore et une relation sadomasochiste du couple Doc et Kate. Il fallait oser à l’époque – Rio Bravo, Howard Hawks 1959 avec John Wayne, Dean Martin et la très sexy Angie Dickinson – Les Sept Mercenaires, John Sturges 1960 avec Yul Brynner, Steve McQueen, Charles Bronson, un magnifique plagiat du fameux Les Sept Samouraïs de Kurosawa, 1954.
Moins connus mais d’excellente qualité : Coup de fouet en retour de John Sturges avec Richard Widmark, psychanalyste et intrigue policière – Les deux cavaliers, John Ford 1956, avec James Stewart et Richard Widmark., le rachat aux tribus des captifs blancs devenus indiens. l’individu devient ce qu’il est selon l’entourage dans lequel il évolue. racisme des Blancs – El Perdido, Robert Aldrich 1961 avec Kirk Douglas, Rock Hudson, une histoire d’amour freudien avec un fin surprenante – Les cent fusils, Tim Gries 1969, avec Raquel Welsh, un film provocateur : la scène du rapport sexuel entre un Noir et une Blanche, mais surtout politique : l’impérialisme américain. Pour éviter la censure, massacres, sadisme, exactions sont commis contre les Indiens par des Mexicains et non par les conquérants de l’Ouest. A sa sortie, le film fut interdit en France.
Même si le western ne respecte pas son histoire et a cultivé les navets, son cinéma a produit une centaine de chefs-d’œuvre que l’homme cultivé ne peut ignorer. Il nous révèle les travers de l’individu et de la société. Il atteint son but en nous divertissant. Pourquoi s’en priver ?
Léon Terjanian