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Bakhmout dans l’Oblast de Donetsk

Le 11 août 2022 une offensive massive, de l’armée russe et des troupes Wagner,bombarde la ville de Bakhmout qui comptait 71 000 habitants.

Le sinistre Evgueni Prigogine s’enorgueillit de pouvoir conquérir cette ville pour donner, enfin, une victoire militaire à la Russie. Il proclame régulièrement « sa » victoire grâce aux renforts de ses troupes par des criminels sortis des prisons russes. Cette bataille qu’il nomme « l’abattoir ».

Malgré ces affirmations, les Ukrainiens résistent au prix d’énormes pertes sanglantes.

Autour de la ville, une guerre de tranchées, dans la boue, le froid et le sang rappelle tragiquement la première guerre mondiale et les tranchées de Verdun.

En décembre 2022, les russes entrent dans la ville où il ne resterait que 12 000 habitants sous un déluge d’artillerie.

Le premier mai 2023, la ville n’est toujours pas sous le contrôle absolu des russes.La ville n’est plus qu’un vaste champ de ruines après avoir été bombardée sans relâche. Y-a-t-il encore quelques habitants, terrés dans les caves ?

Une vaste désolation sans nom !

Pour l’Ukraine ces combats intenses depuis plus de 7 mois doivent recentrer les troupes russes et leur infliger de très lourdes pertes. La résistance héroïque de Bakhmout devient le mythe fondateur de la guerre pour les Ukrainiens.

Qui se rappelle encore de la ville de Bakhmout, l’ancienne ville de Bakhmout, dont personne ne parle plus ? 

Bakhmout qui n’existe plus !

Bakhmout était une des plus anciennes villes d’Ukraine, construite en 1571, ville fortifiée pour se protéger des invasions des Tatars de Crimée. Au XVIII° siècle elle était célèbre pour l’exploitation d’énormes mines de sel qui ont fait sa richesse. La ville a été pavée et des industries se sont développées.

La seconde guerre mondiale y a marqué sa tragédie. En janvier 1942, trois mille juifs ont été emmurés vivants dans une grotte des mines de gypse. Un monument, en leur mémoire, a été créé en 2019.

Ce massacre est appelé le Babi Yar de Bakhmout en référence à l’autre massacre de juifs, le Babi Yar près de Kiev, le plus grand massacre de la Shoah ukrainienne par balles où 33 700 juifs ont été assassinés.

Ce musée existe-t-il encore ?

Bakhmout était aussi connue comme la ville du « champagne soviétique ». Le vin, venant des vignobles de Crimée, était mis en bouteille et vieillissait dans les anciennes mines d’albâtre à 70 mètres de profondeur pendant 3 ans, avant de devenir le vin mousseux.

Dans les mines de sel de Soledar, dans la banlieue de Bakhmout, une gigantesque salle souterraine a servi de salle de concert et parfois même de terrain de foot.

Que sont devenus ses maisons, ses églises, ses musées, ses bibliothèques, ses anciens quartiers ?

La mémoire de la ville a été anéantie comme devrait être anéantie l’histoire et le passé de l’Ukraine par la destruction systématique de ses lieux culturels et de ses villes. Parfois des bribes de mémoire sont miraculeusement retrouvées.

Je me rappelle du journal intime de Volodymyr Vakulenko, poète et écrivain ukrainien de 49 ans.

Il a été torturé et assassiné par les russes en mars 2022 dans un village près de Izioum. Son corps a été découvert dans un charnier de 400 corps. Il avait enterré son journal de guerre près de la maison de son père. Ce journal, retrouvé, a été confié au musée littéraire de Kharkiv.

Des extraits : « Les combats comme une vipère en colère grimpaient au plus près de ma ville natale…pas loin de mon village, 4 maisons ont été balayées comme si elles

n’avaient jamais été là, il ne restait qu’un énorme cratère…Au fond du cratère une canalisation d’eau arrachée d’où un ruisseau d’eau coulait tel du sang s’échappant d’une artère coupée…”

Les derniers mots : « Les petits oiseaux ne chantent que le matin, l’après-midi, même les corbeaux hargneux se taisent. Aujourd’hui, fête de la poésie, j’ai été salué par des grues qui volaient haut dans le ciel, et j’ai cru entendre chanter :  tout ira bien en Ukraine. Je crois en la victoire. Puis cette phrase : « date de ma mort. »

Franziska

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