Réflexions d’un ex élu, heureux sur son rocher 

Si j’ai côtoyé un temps le monde politique, si je m’y suis baigné, j’ai pu, fort heureusement et sans regret, regagner les berges de la Raison pour m’en éloigner.

A l’aube du premier tour d’une élection majeure, ressurgissent les coups bas, les croches pieds, les insultes et les manipulations. Tout ce qui m’a fait détester ce qui autrefois m’avait animé.

L’arène politique ressemble parfois à une parodie des Guignols de l’Info!

Les morts de faim du pouvoir et des indemnités s’en donnent à cœur joie et tapissent nos murs de leurs affiches racoleuses. J’en viens à regretter le temps où sur nos murs, fleurissait le sourire de la mère Denis.

J’ai connu ces grandes messes électorales, meetings surfaits où des autocars déversent des militants venus des quatre coins de France pour remplir une salle et donner l’illusion d’un mouvement populaire, quand il n’est que de militants.

Immuable premier rang de notables, suivi d’une cohorte de jeunes encartés chargés d’agiter les drapeaux et pancartes fournis par le parti et qu’il faudra rendre à la sortie pour le prochain meeting.

Il n’y a rien de spontané, pas même les applaudissements. Tout y a été organisé par une escouade de communicants qui choisissent jusqu’à la couleur de votre chemise. Tout est image, tout est illusion, quand je ne demande qu’à croire à des mots.

Dans cette dernière ligne droite, même si mon choix est arrêté, j’essaye de m’intéresser aux discours et aux surenchères de promesses qu’on ne tiendra pas.

Il est d’autant plus facile de promettre, quand on sait qu’on ne sera pas élu.

La retraite à 50 ans et pourquoi pas à 40 ? Un minimum vieillesse à 1500€ et pourquoi pas à 2000?  Un SMIC à 3000€ et pourquoi pas à 5000 ? Le shit en vente libre, les transports en commun et les tampons hygiéniques gratuits…                    

À la grande braderie de la Samaritaine électorale, demandez et on vous le promettra. Tout candidat vit au dépend de celui qui l’écoute, la leçon n’a jamais été apprise, sans doute.

De déceptions en désillusions, la majorité des français ont choisi de se taire, de ne plus voter, ouvrant grand les portes du pouvoir à des minorités agissantes et mobilisées.

La Démocratie n’est pas un concept naturel, elle est le fruit de notre intelligence et de notre humanité. Elle est d’autant plus fragile que nos silences la livrent à des ambitieux et des idéologues. Elle se donne à des amants qui l’ont fait rêver, mais qui pour ne pas savoir l’aimer, lui seront fatals.

Aujourd’hui, nombre de villes et assemblées sont gérées par des minorités qui ont acquis démocratiquement la légitimité de décision sans être représentatives des populations concernées.

La légitimité non représentative est un nouveau mode de gouvernance, conséquence de la victoire de l’abstentionnisme. La notion de Démocratie perd alors tout son sens, car le pouvoir n’est plus l’expression du Peuple.

Ma courte action politique m’a fait côtoyer des manipulateurs et menteurs, charmeurs aux propos angéliques, toujours prêts à trahir au nom de leur soif de pouvoir et de reconnaissance.

Mais, j’ai connu et je connais encore des gens honnêtes et compétents qui sont là pour servir avant de se servir. Qui agissent dans l’intérêt général avant de penser à leur réélection. C’est grâce à eux, que je crois en demain. 

Le vrai courage politique est de respecter les engagements pour lesquels ils et elles ont été élus, de faire ce qui est nécessaire, plutôt que de dire ce qui sera populaire.

En France, pays de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité, le débat politique s’est construit sur le mythe des fractures. Fracture droite- gauche, riche-pauvre, patron-ouvrier.

Mais, pour avancer, la France a besoin de ses deux jambes. Et à défaut de réduire ses fractures, il lui faudra continuer à boiter avec des attelles.

Il faut arrêter de penser que toutes les bonnes idées sont d’un côté et toutes les mauvaises de l’autre.

Pour agir, la France à besoin de ses deux bras, aussi, je pense, peut-être naïvement, que l’avenir est à celui ou celle, qui saura réunir les bonnes idées et les bonnes volontés de gauche et de droite.

Il faut arrêter de croire qu’en appauvrissant les riches, on enrichira les pauvres. Tout au plus, on provoquera une fuite de capitaux qui ne pourront plus être investis chez nous. Or, pour se reconstruire et tendre à notre indépendance industrielle et énergétique et au plein emploi, c’est de ces capitaux, dont nous aurons besoin. Il est faux de vouloir opposer finance et production. Ils sont nécessaires l’un à l’autre.

L’entreprise reste la cellule mère de notre construction sociale. Elle ne s’épanouira pas dans une opposition employeur-employé, mais dans une nécessaire complémentarité, issue d’un nouveau rapport gagnant-gagnant.

Mesdames et Messieurs, que l’on nomme Grands, Mesdames et Messieurs les candidats, professionnels de la politique, montrez vous à la hauteur de la fonction à laquelle vous aspirez.

Une campagne présidentielle et bientôt législative, n’est ni un concours de bonimenteurs, ni une arène où tous les coups bas seraient permis.

Notre quotidien a besoin de réalités et de lendemains, nos enfants ont besoin d’espoir et d’avenirs.

La politique est un engagement noble, montrez-vous en digne.

Mesdames et Messieurs les électeurs, n’écoutez pas le chant trompeur des sirènes, des promesses de l’impossible. Raser gratis n’existe pas, tout à un prix que vous payerez à la sortie.

Exprimez vous! Votez! Vos silences sont des renoncements qui ouvrent les portes du pouvoir à des gens qui ne vous méritent pas et que vous devrez subir, le temps de leur mandat.

Voter un jour, vaut mieux que subir pendant 5 ou 6 ans.

Jean-Marie KUTNER 

Ancien Maire de Schiltigheim –  Ancien Vice Président de l’Eurométropole

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