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Art Tatum, un génie oublié

S’il est un musicien, qui mérite le superlatif de génie, c’est bien Art Tatum, un nom peu connu du grand public.

Le grand pianiste et virtuose Vladimir Horowitz admirait Art Tatum. Un jour, il l’invite chez lui. Il vient de terminer un arrangement compliqué et raffiné sur Tea For Two et le joue pour lui demander son avis. Tatum le complimente et met au piano pour lui interpréter sa version. Émerveillé, Horowitz lui demande quand il a mis au point son arrangement ? Tatum de répondre : à l’instant !

Art Tatum est né en 1909 à Toledo, Ohio. Atteint de cécité presque totale dès son plus jeune âge, il est attiré par le piano de sa mère et, à quatre ans, il reproduit toutes les mélodies et sons qu’il entend, hymnes religieux de son église, ronronnement d’un moteur de voiture ou chants d’oiseaux. 

C’est un enfant prodige, qui a déjà l’oreille absolue. Après deux années de pratique du violon, il opte pour le piano. Ses études musicales sérieuses commencent à l’âge de treize ans lorsqu’il entre au conservatoire de Toledo. Pendant ses années d’études musicales, il joue en public chaque fois que l’occasion se présente.

En 1928, Art Tatum a déjà une émission quotidienne de quinze minutes à la radio et son jeu de piano fait l’admiration de tous les musiciens en tournée à Toledo : Count Basie, Earl Hines, Teddy Wilson, Duke Ellington, Fletcher Henderson et bien d’autres.

 En 1931, Adelaïde Hall, qui fut la chanteuse du Duke au Cotton Club, engage Art Tatum comme accompagnateur. Arrivé avec elle à New York en 1932, il éclipse les trois meilleurs pianistes de l’époque : James P. Johnson, Willie the Lion Smith et Fats Waller. Il poursuivra sa carrière le plus souvent en piano solo ou en trio jusqu’à sa mort en 1956.

Son style est hors du commun. Art Tatum utilise toute l’étendue du clavier avec une totale indépendance des deux mains. Sa technique illimitée au service d’une invention mélodique débordante en fait un compositeur spontané car il magnifie la mélodie par l’apport d’un style orchestral. Art Tatum ne connaît pas le silence. Contrepoints, cassure du tempo, trouvailles et enchevêtrements mélodiques, arpèges incessants, c’est un orchestre à lui seul. 

Ce déferlement de notes cache une ré harmonisation originale de la mélodie, à tel point que l’on peut penser qu’il s’est perdu dans le méandre des accords. En réalité, il suit une logique personnelle et se retrouve parfaitement dans le tempo et dans les accords initiaux. Nombre de pianistes et musiciens, et non des moindres, pensaient que ses disques avaient été enregistrés par deux pianistes.

Quelques opinions sur Art Tatum : Samson François : « … Il demeure sûrement l’un des musiciens les plus inventifs et déconcertants justement par ce don qu’il avait, si l’on peut dire ainsi, d’écrire spontanément de la musique au fur et à mesure qu’il la jouait… »  Charlie Parker : « En arrivant à New York, je n’avais pas les moyens d’entrer au Chicken Shack club de Harlem. Je me suis fait engager comme plongeur afin d’écouter Art Tatum, qui s’y produisait ».   

Bill Evans : « Tatum était fantastique. » Count Basie : « Combien y a-t-il de merveilles au monde ? Sept ?  et bien Tatum était la huitième. » Herbie Hancock : « Harmoniquement Tatum jouait une foule de choses, qui sont toujours en avance sur qui que ce soit…Personne ne peut l’égaler. Il a fait tout ce que l’on peut faire sur un piano. » 

Pour certains, qui entendent la musique de façon distraite et ne l’écoutent pas, Art Tatum n’est qu’un pianiste de bar. Pour les musiciens, tant classiques comme Horowitz, Rubinstein, Toscanini que les jazzmen, il est l’un des plus grands pianistes du XXème siècle.

A (re)découvrir : 1937 Stormy Weather, 1940 Indiana, Elégie (Massenet), Humoresque (Dvorak) et l’extraordinaire et rare version de Sweet Lorraine du 3 juillet 1955 (CD Official 83042)                                                       

Cole Porter

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